La visite à Port-au-Prince de l’ancien président américain Bill Clinton à la tête d’une délégation annoncée de 200 investisseurs est tout sauf un non-événement. Il s’agit, quoiqu’en pensent ceux qui ont de ce pays un jugement trop définitif, d’une opportunité pour mettre Haïti dans l’environnement international des affaires.
Durant quelques heures, le pays projettera une image différente des clichés dont raffole la grande presse internationale. Il se dégagera une impression de nation convalescente en récupération avant de démarrer, pourquoi pas, un processus de développement durable. Un développement durable qui passera bien sûr par des secteurs stratégiques comme l’agriculture et les services et surtout la création d’un marché local de producteurs et de consommateurs. Mais la percée internationale de cette semaine monitorée par Bill Clinton est incontestablement un plus pour attirer les investissements directs nécessaires à l’emploi et, par suite, à la création de richesses.
J’ai entendu autour de moi des réflexions du genre « les blancs viennent régler leurs propres affaires…pas pour nous aider ». Et alors ! Pour une fois que nous ne recevons pas de mission strictement humanitaire, pour une fois que notre pays apparait comme une « opportunity land », c’est donc de bonne guerre et dans la négociation des intérêts bien compris des uns et des autres qu’on arrivera à faire reculer la misère et à sortir de l’humanitaire ou du développement assisté.
Nos concitoyens doivent avoir la chance de pouvoir travailler dans leur propre pays, au lieu d’être réduits à rôder comme de pauvres hères autour des zones franches de l’autre côté de la frontière…ou à alimenter un flot ininterrompu de mendiants dans des villes dominicaines, dans un déni profond de notre dignité de peuple.
Il s’agit de contenir la déferlante des réfugiés économiques souvent happés par « les dents de la mer » ; il s’agit de permettre à un peuple enfin au travail de « bêcher joyeusement la terre de nos ancêtres ».
Il importe aujourd’hui de faire grandir nos ressources humaines par l’éducation. Et la compétitivité internationale passe par le développement d’un savoir standard qui permettrait à nos travailleurs de ne pas être traités en main-d’œuvre taillable et corvéable à merci.
La priorité doit donc de faire reculer la misère et l’indignité et normaliser les institutions. Les principaux chefs de partis politiques ont affirmé dans les colonnes de la Revue du Cresfed, « Rencontre », leurs difficultés à percevoir des cotisations de la plupart de leurs membres trop pauvres pour soutenir le parti de leur choix. Aussi la participation à un mouvement politique devient-elle donc pour la plupart des membres de la base une occasion d’espérer, un jour, trouver un emploi. Les questions idéologiques ou de vision transformationnelle de la société deviennent désespérément dérisoires.
Ainsi, c’est le principe même de la participation libre et citoyenne à la construction de l’État de droit qui est en danger !
La manne ne viendra, certes, nullement du « ciel américain». C’est une vérité de La Palis que de répéter que le développement durable et intégré est l’affaire d’un modèle économique national à définir…et auquel s’essaient des économistes de toute tendance.
En attendant, cette semaine, il se passe quelque chose à Port-au-Prince qui mérite d’être considéré avec pragmatisme dans le sens de l’intérêt national. Haïti compte parmi ses « amis » le couple le plus puissant de la planète, c’est une opportunité à exploiter.
Avançons résolument, avec intelligence et vigilance, et sachons prendre les mesures d’accompagnement qu’il faut pour que le soleil des investissements ne se fige à … l’Est de l’Île, dans une brûlante éternité.