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12/17/2009

 

 
Editorial
After the donors, ou apre bal : que faire?

Un politologue à la solide réputation « haïtianiste », Robert Maguire, vient de produire, pour l’Institut des États-Unis pour la Paix (United States Institute for Peace) un rapport : « Haïti after the Donnors Conference», dont les objectifs explicites sont : une évaluation de la situation socio-économique d’Haïti, une analyse des obstacles à « la stabilité durable et la croissance » du pays et quelques pistes et recommandations pour des solutions. Le rapport en lui-même n’apporte pas vraiment d’éléments nouveaux dans le diagnostic porté par la majorité des membres de la Communauté internationale (CI) sur Haïti. Mais la qualité de son commanditaire comme la conjoncture dans laquelle il est rendu public font de ce texte un élément significatif des options actuellement envisageables pour le futur d’Haïti à court et moyen termes.
Le texte n’innove guère dans l’analyse des problèmes structurels du pays ; des chiffres approximatifs, des qualificatifs attendus sur les déficits, incapacités et autres tares de l’État, aucune évaluation des évolutions pourtant réelles, même modestes, survenues dans le pays depuis le début du siècle… en somme rien de très original. Pourtant certaines analyses annoncent la couleur, en quelque sorte, sur les vues de la Communauté internationale en général, et des États-Unis d’Amérique en particulier, concernant le traitement du dossier Haïti. En effet, les récentes tournées et réunions d’hommes d’affaires parrainés par les puissances amies n’ont pas, au fond, exprimé davantage que de bonnes dispositions qu’il faut maintenant mettre en œuvre. Or les discours ont mis l’emphase sur les progrès et le potentiel d’Haïti ; mais les premières intentions annoncées continuent de souligner l’incapacité de l’État et la nécessité de prolonger, voire de renforcer l’«accompagnement» international dont il est l’objet. En ce sens, le texte de Maguire est explicite : l’un des éléments positifs pour assurer les progrès en Haïti est le renouvellement pour une nouvelle année de la mission des Nations unies.
Autre développement remarquable dans ce rapport: les élites, dont la « peur des pauvres » est qualifiée de «quasi-paranoïaque », sont fustigées tout autant qu’une certaine idiosyncrasie populaire (le paysan qui donne à tout visiteur ou étranger le meilleur de son hospitalité) est exaltée dans un portrait manichéiste qui n’est pas sans rappeler certaines analyses en vogue à la Minustah dans ses débuts. Rien de très nouveau donc, et les solutions proposées une meilleure articulation des partenariats public-privé ; le changement de mentalité des «haves» pour atténuer les disparités et les dichotomies sociales ; une politique sociale plus active de l’État ; le développement des opportunités et la promotion du civisme n’apportent pas grand-chose de nouveau, par-delà le ton de donneur de leçons qui transpire par moments. Le rapport Maguire est un signal, par sa production plus que par son contenu, que, malgré les belles réunions et les discours optimistes, la CI n’est pas encore décidée à faire un minimum de confiance à l’État haïtien.
En contraste, le discours de l’ambassadeur d’Espagne (au micro d’une station de la capitale ce mardi) met l’accent sur une politique d’image nécessaire pour renforcer l’impact de la rencontre des hommes d’affaires sous l’égide de Clinton. Le pays a des atouts, il faut éviter de le «diaboliser». Je pense inévitablement aux mises en garde du général brésilien Eleno, minoritaire à l’époque au sein de la Minustah dans cette appréciation. Cependant la question électorale est abordée par l’ambassadeur d’Espagne comme un aspect clé de la stabilisation et de la mise à profit des opportunités qui se profilent actuellement. Un autre regard donc, mais qui, et c’est significatif, met aussi l’accent sur la nécessité d’une politique de progrès social.
Il y a là, hélas, bien davantage qu’une convergence fortuite. De plus en plus de voix s’élèvent pour souligner les conditions d’existence proches de l’insoutenable des majorités en Haïti. Il est indéniable que si l’instabilité et l’insécurité en Haïti doivent, dans une évaluation plus objective et non biaisée par des intérêts de toutes sortes, être appréciées de façon moins alarmiste – au regard par exemple de la situation qui prévaut dans le reste de la région – la misère économique et sociale, le mépris des droits fondamentaux dans notre pays doivent par contre susciter dans l’urgence une prise de conscience nationale, sous peine de justifier toutes les disqualifications dont le pays est actuellement l’objet. Ou de légitimer les attitudes et les actions les plus paternalistes : un accord entre le Japon et la République dominicaine visant la réhabilitation et le développement de zones rurales … haïtiennes ; l’implication de l’ex-président James Carter dans une campagne conjointe pour l’éradication de la malaria sur l’île d’Haïti, une initiative dans laquelle la République dominicaine a un rôle actif.
En attendant et sans que notre gouvernement ait pipé mot, le Canada et la France ont récemment (début septembre) émis, pour leurs ressortissants, des évaluations et avis opposés au sujet du niveau de sécurité existant en Haïti. Alors que la France émettait une mise en garde assez forte, le Canada abaissait le niveau d’évaluation de l’insécurité de trois à deux (classement de la plupart des pays par le Canada). Or ces évaluations constituent, autant que les réunions d’investisseurs sur le territoire national, des baromètres du climat national pour les affaires, le tourisme et la vie sociale et culturelle en général.
Après donc les ballets diplomatiques et financiers, vient la nécessité de réfléchir au que faire à plus long terme du pays. On pourrait bien sur spéculer sur le pourquoi de ce qui apparaît, par moments, comme un acharnement contre sa souveraineté. Les signes ne manquent pas et ils ne sont pas si faciles à disqualifier… Mais là n’est pas le propos lorsque nous avons nous-mêmes toléré, suscité, acquiescé à toutes ces initiatives de consolidation, de normalisation, de stabilisation dont le résultat le plus palpable à date a été de renforcer la politique interventionniste multiforme de la CI en Haïti. Il faut revenir à cette réalité dérangeante, des enjeux importants y sont attachés. Ainsi, il faut mettre en perspective l’initiative dominicaine-nipponne avec la politique de plus en plus affirmée du ministère de l’Agriculture tant au niveau agricole que dans le domaine de la production animale, avec de claires visées de préservation de l’environnement. Et l’initiative au label Carter avec l’actuelle campagne initiée par le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), en partenariat avec la mission médicale cubaine, pour éradiquer la malaria. Pourquoi donc ces initiatives externes ne s’inscrivent-elles pas d’emblée dans les efforts nationaux ? Et qui doit veiller à cette articulation, si ce n’est l’État haïtien lui-même ? Mieux : quelle autre instance peut expliquer, promouvoir et faire reconnaître tous ces petits pas qui, avec ou sans les donneurs, attestent de la vitalité de la société malgré la crise et le déficit de gouvernance et qui, à la longue, sont peut-être nos meilleurs atouts pour le futur ?

Par Sabine Manigat
jeudi 15 octobre 2009

 
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