Comme une simple formalité, après plusieurs heures de débats, les sénateurs ont accordé, lundi, massivement un vote de confiance à la Déclaration de politique générale du Premier ministre Joseph Jean-Max Bellerive. En dépit des manquements relevés dans la vision du nouveau chef de gouvernement, vingt-deux sénateurs ont voté pour et quatre ont fait abstention.
Dans sa Déclaration de politique générale, Joseph Jean Max Bellerive détermine les grands axes d’intervention de son gouvernement à partir des résultats à obtenir au regard de la Loi de finances 2009-2010, déjà votée au Parlement. Son travail principal consistera à l’exécution de ce Budget tout en restant ouvert à d’éventuelles modifications via un Budget rectificatif. Pas de nouveauté dans la vision du nouveau gouvernement puisque ses actions découleront des priorités déjà définies par le chef de l’État. « Le président René Préval a clairement fixé le cap des priorités sur lesquelles il souhaite marquer son passage à la tête de l’État. La feuille de route du gouvernement est donc fixée et connue», a déclaré Jean-Max Bellerive.
Aux sénateurs, le Premier ministre a expliqué que les démarches de son gouvernement pivoteront autour de quatre points : mieux dialoguer, mieux informer et expliquer, mieux exécuter et mieux préparer l’avenir. Jean Max Bellerive a dit souhaiter instaurer des réunions statutaires entre les présidents des deux Chambres et le chef de gouvernement. Il a promis d’expliquer et d’informer la population sur les choix du gouvernement.
Au cours des débats, le Premier ministre Bellerive était contraint d’apporter des éléments de réponse à des questions relevant du président René Préval. Des questions chères à la sénatrice Edmonde Supplice Beauzile (Centre, Fusion) comme celles relatives aux différentes commissions présidentielles, du dialogue annoncé le premier janvier 2009.
Les élus de Lespwa et alliés, majoritaires au Sénat, ont été assez embarrassés quant il fallait expliquer le sens de leur vote de censure au gouvernement de Michèle Pierre-Louis, d’autant que la nouvelle équipe gouvernementale est formée majoritairement des ministres du gouvernement destitué le 29 octobre dernier. L’inefficacité de certains ministres reconduits a été dénoncée dans les motifs de l’interpellation du gouvernement Pierre-Louis, motifs qui ont été lus par le sénateur Joseph Lambert (Sud-Est, Lespwa).
« Étant membre des deux derniers gouvernements, que n’avez-vous pas fait ou qu’avez-vous fait pour en arriver là ? Est-ce que les gens qui ont participé à l’échec de l’ancien gouvernement peuvent apporter de résultats ? », sont entre autres les questions posées par les sénateurs William Jeanty (Nippes, Konba) et Edmonde Supplice Beauzile au nouveau Premier ministre Jospeh Jean Max Bellerive.
« J’étais membre du gouvernement de Jacques Édouard Alexis et membre du gouvernement de Michèle Pierre-Louis et je me sentais à l’aise », a répondu Jean Max Bellerive. Cependant, le Premier ministre a noté qu’entre ses prédécesseurs et le Parlement se posait un problème de compréhension et de communication. Déficience qu’il souhaite combler.
« Les mêmes mots, les mêmes paroles, les mêmes réponses »
Cette séance n’a pas échappé à la tradition. Bon nombre de sénateurs concentraient leurs interventions sur des problèmes régionaux. Et le président du Sénat, Kély C. Bastien (Nord, Lespwa) était obligé d’inviter, certaines fois, les sénateurs à rester dans le cadre des débats et à ne pas errer.
Les mauvais traitements infligés à des Haïtiens en République dominicaine, le mode de traitement de la question des arriérés de salaires des enseignants, la crise à la faculté de Médecine et de Pharmacie, la grogne des policiers, sont au nombre des sujets d’actualité qui ont attiré l’attention des sénateurs. La question de la crédibilité des prochaines élections a été également soulevée. Les réponses du Premier ministre Jean Max Bellerive à certaines de ces questions n’ont pas toujours satisfait les sénateurs.
Lors de cette séance du lundi 9 novembre, le sénateur Jean Hector Anacacis a encore une fois joué solo. Le sénateur n’a pas trouvé d’alliés quand, dénonçant la violation de de l’article 158 de la Constitution, il a souligné que l’arrêté nommant les membres du cabinet ministériel a été publié avant même la décision du Parlement sur la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre. « Le Premier ministre en accord avec le président choisit les membres de son cabinet ministériel et se présente devant le Parlement afin d’obtenir un vote de confiance sur sa Déclaration de politique générale. Le vote a lieu au scrutin public et à la majorité absolue de chacune des deux Chambres. Dans le cas d’un vote de non confiance par l’une des deux Chambres, la procédure recommence », lit-on dans cet article de la Constitution.
En dépit des manquements relevés dans la Déclaration de politique générale du nouveau chef de gouvernement, les sénateurs, toutes tendances confondues, ont accordé à ce dernier et à son équipe gouvernementale un vote de confiance. Et la séance s’est achevée comme toutes les autres de ce genre « les mêmes mots, les mêmes paroles, les mêmes réponses », selon le sénateur Carlos Lebon. Enfin, «une simple formalité » !