L’ancien chef d’État haïtien, Jean-Bertrand Aristide, prévoit une sélection au lieu d’une élection lors des prochaines législatives. Il invite toutes les forces du pays à la mobilisation.
L’ancien président Jean-Bertrand Aristide accuse une nouvelle fois le chef de l’État René Préval de préparer dans le pays une sélection en février et mars 2010, au lieu de bonnes élections honnêtes, crédibles et démocratiques. «René Préval a réalisé sans gêne en avril et juin dernier une sélection, il se prépare maintenant à en organiser une autre en 2010 », prévient Jean-Bertrand Aristide.
Depuis l’Afrique du Sud où il vit en exil, Aristide prédit ce que de nombreux groupes de la société n’ont cessé de dénoncer dès le lancement du processus électoral : un coup d’État électoral. « Haïti est sous le poids d’un autre coup d’État électoral et va voir le couteau de la trahison s’enfoncer de plus en plus dans sa plaie », déclare, avec sa rhétorique habituelle, l’ex-prêtre président. Comme un appel à la mémoire, il souligne que les coups d’États électoraux n’ont fait qu’aggraver la situation difficile du pays. « Si tous les coups d’États électoraux et les kidnappings rapportaient à Haïti, la misère ne serait pas aussi dure pour le peuple », soutient-il.
Aussi invite-t-il à la mobilisation populaire pour déjouer, dit-il, ce plan de son frère « jumeau » installé au Palais national. « Vox populi, vox Dei », lance péremptoirement Aristide tout en précisant que c’est aux sages de dire non «pour sauver la dignité d’Haïti et pour qu’il ne soit pas trop tard et de surcroît trop triste », ajoutant que « ceci doit se faire dans le respect et la dignité ». Très critique vis-à-vis de son ancien Premier ministre, Jean-Bertrand Aristide ne cache pas son désaccord avec l’attitude affichée par le président René Préval à son endroit et à l’endroit du peuple haïtien. Il s’en prend à la plateforme présidentielle « Inite » qui sert, selon lui, au président Préval de tremplin pour continuer à « trahir la population ». « Lespwa met sur pied aujourd’hui Inite pour trahir demain. Lespwa change de nom, mais pas de propriétaire. Lespwa et Inite, c’est prendre beaucoup plus et trahir d’avantage », avance-t-il, estimant qu’en 2006 quand la population a été voter en masse, elle l’avait fait pour favoriser son retour au pays, « mais le résultat, c’est la trahison, la misère ».
En novembre dernier, lors d’une intervention accordée à une station de radio privée de la capitale, l’ex-président Aristide avait déjà critiqué le bilan de l’équipe (Lespwa) au pouvoir. Dans son analyse, l’ex-chef d’État haïtien, avait soutenu que Lespwa n’a pas répondu aux attentes de la population et n’a fait plutôt que renforcer la désespérance des Haïtiens.
Encore une fois, la gestion de René Préval, depuis sa prise du pouvoir en 2006 à ce jour, est passée au crible par Jean-Bertrand Aristide. « Les promesses d’espoir sont donc transformées en gifle de désespoir », ironise l’ancien baron de Tabarre, qui met sur le compte de René Préval la détérioration des conditions de vie des masses les plus défavorisées. La corruption au sein de l’Administration publique serait aussi l’une des causes de cette détérioration, selon Jean-Bertrand Aristide. « La corruption fait que le salaire minimum se transforme en un malheur minimum sous une misère maximum », avance-t-il.
De Pretoria où il se trouve en exil, lui et sa famille depuis février 2004, Jean-Bertrand Aristide dit partager la douleur du peuple haïtien. Dans ses vœux de Noël et de bonne année, il invite le peuple haïtien à continuer à se battre pour sa dignité et à ne cultiver aucun complexe d’infériorité.