Après avoir affiché une certaine timidité dans l’octroi du crédit, autant en gourdes qu’en dollars américains, tout au cours de l’exercice fiscal 2008 – 2009, les responsables des banques commerciales ont fait preuve d’une plus grande volonté à desserrer le cordon du crédit, particulièrement en gourdes, durant les trois premiers mois de l’exercice en cours. Il importe de préciser que le volume de crédit privé en gourdes a accusé une augmentation en moyenne de 1,5%, au cours de la période octobre – décembre 2009, contre 0,9% sur l’ensemble des 12 mois du dernier exercice fiscal. Le montant total du crédit en gourdes a atteint le niveau de 12 milliards et 258 millions de gourdes à la fin du mois de décembre 2009 contre 10 milliards et 568 millions de gourdes en decembre 2008, soit une hausse de 16%.
La reprise n’a pas été, cependant, notée au niveau du crédit privé en dollars américains, avec une variation mensuelle négative, soit -0,8% durant le premier trimestre de l’exercice fiscal 2009 – 2010. À rappeler que le crédit privé en dollars américains avait crû au faible rythme mensuel de 0,7% au cours de l’exercice fiscal 2008 – 09. À la fin du mois de décembre 2009, le montant total du crédit en dollars américains est estimé à 550 millions contre 510 millions en décembre 2008, ce qui représente un accroissement de 8%.
La politique monétaire expansionniste pratiquée par les responsables de la Banque centrale, laquelle a donné lieu à une baisse du loyer de l’argent dans les banques commerciales, ne s’est pas traduite par une hausse considérable des prêts dans l’économie haïtienne. En fait, le taux sur les bons BRH pour la période de 91 jours, l’un des principaux signaux utilisés par les autorités monétaires, est passé du niveau de 8,16% en mars 2009 à 3,78% à la fin du mois de décembre 2009, soit une contraction de plus de quatre points de pourcentage. Une telle politique n’a pas causé un changement de comportement radical du côté des banques commerciales qui ont maintenu leurs placements auprès de la Banque de la République d’Haïti (BRH), à un niveau assez élevé, soit plus de 9 milliards de gourdes au cours du mois de novembre 2009.
Le maintien du taux d’inflation à un niveau assez faible, au cours des 15 derniers mois, a grandement permis aux autorités monétaires de pratiquer une politique agressive de baisse de taux. En fait, le taux d’inflation en glissement annuel a accusé un niveau moyen de 3,8% au cours des 12 mois de l’exercice fiscal 2008 -09. Prévoyant un taux d’inflation assez faible pour l’année 2010, le patron de la Banque centrale haïtienne ne compte pas resserrer l’étau monétaire dans les prochains mois. Ce qui devrait constituer une bonne nouvelle pour les responsables financiers des entreprises endettées au niveau du système bancaire local et pour ceux qui comptent contracter un prêt dans un futur proche. Il convient d’ajouter que les autorités monétaires ont pu mettre en place un coussin de sécurité assez intéressant pour éviter des mouvements spéculatifs contre la gourde haïtienne, avec des réserves nettes de change évaluées à près de 588 millions de dollars américains, un niveau qui n’a pas été atteint à la Banque centrale depuis plusieurs années.
Au niveau des ressources bancaires, les dépôts en gourdes ont connu une croissance moyenne négative, soit -0,03%, durant les trois premiers mois de l’exercice fiscal 2009 – 10, tandis que les dépôts en dollars américains ont accusé une forte croissance de plus de 4% en moyenne au cours de la même période. Les épargnants haïtiens confirment de plus en plus leur choix de placer dans les banques évoluant en Haïti leurs fonds en dollars américains au détriment de la monnaie locale. Ils ont adopté cette option en dépit du mouvement de désinflation observé tout au cours de l’année 2009. Le montant total des dépôts en gourdes est passé de 36 milliards et 722 millions en décembre 2008 à 39 milliards et 513 millions à la fin du mois de décembre 2009, soit une progression de 7,6%. Quant aux dépôts en dollars américains, ils ont accusé une augmentation de plus de 25% pour atteindre à la fin de l’année écoulée le niveau de 1 milliard et 418 millions de dollars contre 1 milliard et 126 millions en décembre 2008. Le phénomène de dollarisation au niveau des dépôts s’est conforté au-dessus de la barre de 50% au cours des derniers mois de l’année 2009, soit 53,8%.
Avec une prévision de croissance du Produit intérieur brut (PIB) assez optimiste pour l’année 2010, soit 4%, l’économie haïtienne devrait bénéficier d’un volume de crédit privé, autant en gourdes qu’en dollars américains, plus substantiel cette année qu’en 2009. Une amélioration continue du climat des affaires s’avère nécessaire, mais la tenue d’élections à différents niveaux de l’État haïtien pourrait créer des anticipations négatives et créer une certaine prudence du côté des investisseurs. Les élections législatives, qui seront réalisées en février 2010, représentent donc un sérieux test pour les leaders politiques et économiques au cours du second trimestre de l’exercice fiscal 2009-10.