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12/17/2009

 

 
Economie
Le travail des enfants en Haïti : conséquence d’une réalité économique difficile !

Si l’article 32.1 de la Convention sur les droits de l’enfant, convention dont Haïti est signataire depuis le 8 janvier 1995, stipule clairement que les enfants ne doivent être astreints à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre leur éducation ou de nuire à leur développement, les conditions dans lesquelles travaillent les mineurs haïtiens portent plus d’un à la réflexion. À l’âge où ils devraient jouer ou aller à l’école, ces mineurs sont forcés de travailler pour un salaire de misère quand salaire il ya. Quels genres de travail effectuent-ils ? Pourquoi le font-ils dès leur plus jeune âge ? Comment lutter contre ce phénomène ?

Récemment, la Fondation panaméricaine pour le développement a déploré que plus de 225.000 enfants haïtiens vivent en situation de domesticité (restavèk) dans un rapport qu’elle a adressé au gouvernement haïtien. Une simple observation permet d’affirmer que c’est la nécessité de survie qui pousse des mineurs à travailler à l’âge où ils devraient se trouver en salle de classe. D’après les données du dernier recensement de 2003, le pourcentage des enfants de 10 à 14 ans occupés est de 2,8%. Ce chiffre doit sûrement être revu à la hausse, étant donné la détérioration des conditions de vie dans le pays. Mais sur les plans social et humain, le travail de ces gosses est intolérable. D’où la nécessité pour les autorités haïtiennes de développer des stratégies ou politiques à même de faire échec à ce phénomène

Quels genres de travail réalisent-ils ?

Les conditions du travail de ces enfants sont très variées. Certains travaillent à la maison, d’autres dans la rue, dans les champs, à l’usine. Certains s’occupent de tâches agricoles, d’autres, industrielles. Cependant, ils effectuent tous des métiers épuisants ou dangereux.
Les activités domestiques qui consistent en la préparation des repas, la recherche de l’eau ou du bois de charbon, gardiennage des troupeaux, surveillance des frères et sœurs, travail de la terre occupent une grande partie des enfants. Phénomène rural principalement, le travail domestique des enfants correspond à une répartition des tâches vitales entre les membres de la famille, suivant l’âge et les capacités de chacun. De ce fait, plus la famille comporte de bouches à nourrir, plus elle a besoin de bras. À rappeler, toujours d’après les données du 4e recensement général de la population et de l’habitat (2003), que le rapport de dépendance (inactifs/actifs) pour 1000 est de 181,5.
Certains enfants travaillent aussi dans des familles. Il s’agit des enfants placés en domesticité. Vu qu’ils demeurent cachés derrière les murs d’une maison, ils échappent à tout contrôle et sont sans protection contre les mauvais traitements qu’ils subissent. Enfants pauvres des campagnes placés en ville dès l’âge de 5 ans, loin de leurs familles, enfants issus de minorités ethniques ou jeunes orphelins, ce sont de véritables esclaves, mal nourris et surchargés de travaux écrasants. Ils sont victimes de harcèlement sexuel et d’accidents graves aussi bien dans la capitale que dans les villes de province. Il s’agit là d’une atteinte majeure à l’intégrité de la personne de l’enfant. Des 36,5 % de la population d’Haïti âgés de moins de 15 ans depuis le dernier recensement de 2003, ne doit-on pas se demander combien sont placés en domesticité et subissent de pareils traitements ?
Conséquence à la fois de l’urbanisation du pays et de la régression de l’emploi agricole depuis plusieurs décennies, le développement des activités informelles est l’un des traits caractéristiques du pays. Mais le plus souvent exercées dans les rues, de telles activités exposent les mineurs aux plus grands dangers. Ainsi, pour oublier leur misère, certains consomment même de la drogue.

Pourquoi travaillent-ils si jeunes?

Si le recours au travail des enfants peut s’expliquer par de multiples raisons, deux paraissent essentielles dans le cas d’Haïti: un facteur économique, la pauvreté et un facteur social, l’insuffisance ou l’absence de la politique de formation.
Concrètement, l’un des facteurs essentiels de la mise au travail des enfants est l’absence ou le faible niveau de revenus des parents, soit parce que ces derniers sont sans emploi (plus de 70% des Haïtiens sont frappés par le fléau du chômage) soit parce que leurs activités ne leur procurent pas un salaire qui suffit à nourrir leurs enfants.
Puisque leurs parents ne peuvent plus subvenir à leurs besoins, les plus grands parmi les frères et sœurs quittent la maison. Ils partent alors en ville et se débrouillent, seuls ou dans une bande, vivant le plus souvent de petits métiers exercés dans la rue, ou du butin des vols qu’ils commettent. Le travail des enfants constitue donc l’une des stratégies de survie. Ainsi, plus une famille est pauvre, plus chacun de ses membres doit contribuer à gagner ce qu’il coûte, en argent ou en production alimentaire.
L’insuffisance de la politique de formation est aussi un facteur essentiel dans la mise au travail de ces gosses. L’école coûte en général bien trop cher pour les familles les plus démunies. En témoigne le taux de scolarisation de la population de 6 à 24 ans (2001-2002) qui est de 45,9 %. Les droits d’inscription, les frais de transport, l’achat des livres, du matériel scolaire et de l’uniforme représentent parfois l’équivalent d’une année de salaire pour les chefs de famille.
Si la scolarisation a légèrement progressé durant ces dernières années, il convient toutefois de reconnaître que l’offre en matière de formation et d’éducation est globalement insuffisante par rapport à la demande. Ce qui fait que les enfants se retrouvent de plus en plus dans les rues et pratiquent toutes sortes de métier.

Comment lutter contre ce phénomène ?

Sachant que la pauvreté est incontestablement la cause majeure du travail des enfants dans le pays, un développement économique général, dont les fruits seraient répartis équitablement, et une volonté politique forte de solidarité s’exprimant au niveau national apparaissent comme les moyens le plus efficaces et les plus durables de lutter contre ce phénomène.

Par Yveno Formilus
mardi 12 janvier 2010

 
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