Totalement affaibli après le séisme du 12 janvier écoulé, le gouvernement haïtien essaie tant bien que mal d’assurer son fonctionnement et de réaliser sa mission….
Petit à petit, le gouvernement haïtien se structure et tend à retrouver son harmonie interne. Sévèrement touché par le séisme du 12 janvier, comptant de nombreux bâtiments détruits ou endommagés et un personnel très affecté, il lui était difficile, dans les premiers moments qui ont suivi le drame, de répondre à ses obligations. D’ailleurs, le président de la République, René Préval, n’a pas manqué de justifier l’absence de la machine gouvernementale sur le terrain peu après la catastrophe. Aujourd’hui, cette machine commence à se mettre en marche. L’action gouvernementale est certes lente, mais semble de plus en plus organisée, même si, sur le terrain, les besoins sont toujours urgents et nombreux.
Selon un haut dignitaire du gouvernement, la relance des activités gouvernementales reste une des priorités du chef de l’État. Moins de deux semaines après le séisme, l’ordre était intimé aux différents ministres du gouvernement de rappeler leur personnel et leurs cadres, en vue de faire fonctionner leur administration convenablement, en dépit des difficultés du moment. Les ministères, dont les locaux ont été endommagés, sont abrités sous des tentes ou dans des containers aménagés à cet effet. L’espace de travail étant réduit, nombre d’entre eux ont dû concevoir un système de rotation du personnel.
Des appareils de radio de communication et des téléphones portables sont distribués aux ministres pour faciliter la communication et la prise de certaines décisions qui ne peuvent pas attendre une réunion en Conseil des ministres. Pour rester en contact avec la population à travers les médias, un espace spécial est aménagé sur la cour de la DCPJ. La ministre de la Culture et de la Communication, Marie-Laurence Jocelyn Lassègue, présente régulièrement un point presse et en profite pour répondre aux questions des journalistes. Depuis le 12 janvier, tout, au niveau gouvernemental, se passe à la DCPJ. C’est aussi à cet endroit que se tiennent régulièrement les Conseils des ministres.
Dans ses efforts pour assumer ses responsabilités, le gouvernement a l’apport de la communauté internationale. Après avoir aidé à secourir la population, le gouvernement canadien a promis de venir en aide directement au gouvernement haïtien en soutenant la construction d’un village administratif qui doit héberger provisoirement les ministères. Le Canada y investira jusqu’à 12 millions de dollars dans ces travaux, avait fait savoir le Premier ministre canadien, Stephen Harper, en visite dans le pays le mois dernier. Des abris modulaires semi-permanents et des abris gonflables souples, dotés d’équipements administratifs, technologiques et électriques, sont en quelque sorte les installations qui pourront accueillir, durant un an, les ministères et fonctionnaires clés du gouvernement haïtien. Les travaux pourront débuter dès que le site aura été choisi par les autorités haïtiennes.
Entre-temps, les ministères qui n’ont pas été totalement rasés reprennent timidement leurs activités. La note du ministère du Commerce et de l’Industrie invitant des intéressés à renouveler leur carte d’identité professionnelle, exporter un produit, enregistrer une marque ou une société, à passer aux jours et aux heures habituelles de travail, témoigne de cet élan gouvernemental vers la reprise des activités.
Actuellement, le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) travaille sur une stratégie relative à un système de santé de base uniforme accessible à tous.
Le ministère de la Culture et de la Communication, logé à la Direction centrale de la Police judiciaire, siège de la présidence depuis le 12 janvier, projette, de son côté, de retourner dans ses locaux dans les jours à venir. Des efforts qui s’étendent aussi au niveau de la sous-commission des abris provisoires. Alors que les sinistrés critiquent la lenteur affichée par le gouvernement dans la gestion de l’après-séisme, Charles Clermont, responsable de cette sous-commission, annonce une amélioration des conditions de logement dans trois mois environ. Une semaine après le séisme, les autorités gouvernementales avaient envisagé la création de quatre camps bien structurés, dans la capitale haïtienne, pour accueillir les centaines de milliers de personnes qui vivent dans les rues, sur les places publiques, entre autres. En plus de l’amélioration rapide des conditions de logement, a-t-on appris, le gouvernement travaille en vue de la création de logements de transition pour accueillir les sinistrés durant cinq ans, a ajouté le responsable de la sous-commission des abris provisoires, Charles Clermont.
L’appareil judiciaire
Tout comme le Pouvoir exécutif et nombreux autres secteurs de la vie nationale, le Pouvoir judicaire tend aussi à se relever du chaos. Avec des pertes en vie humaine, dont plus d’une trentaine de morts au ministère de la Justice seulement, des pertes matérielles, notamment la destruction du Palais de justice et l’évasion de plus de cinq mille prisonniers le jour du séisme, ainsi que la perte de documents importants, la situation de ce pouvoir reste particulièrement difficile. Selon le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Paul Denis, d’énormes efforts sont déjà effectués pour redynamiser le système judiciaire, particulièrement dans les zones qui n’ont pas été touchées par le tremblement de terre.
À Port-au-Prince, le travail paraît beaucoup plus difficile vu le problème structurel confronté. Les tribunaux de paix, de Première instance, la cour d’Appel, la cour de Cassation, pratiquement dysfonctionnels depuis le 12 janvier, reprendront du service sous peu. Ils seront tous relogés, pour la plupart, à l’École de la magistrature, à Frères. En plus, un nouveau bâtiment pour reloger le ministère de la Justice vient d’être acquis, selon Paul Denis. Ses priorités aujourd’hui sont de deux ordres : d’abord, l’installation des infrastructures et l’équipement nécessaire au travail des magistrats. Il suffit que ces installations et matériels offrent des conditions de fonctionnement acceptables. Ensuite, la réparation des infrastructures pénitentiaires détruites et l’arrestation des évadés du 12 janvier. Le problème de la prévention préventive prolongée, la lutte contre le dysfonctionnement de l’appareil judiciaire et la lutte contre la corruption étaient, jusque-là, les principales préoccupations du ministre.
Des discussions avec le bâtonnat de l’ordre des avocats de Port-au-Prince sont parmi les initiatives prises dans le cadre de la reprise des activités.