Très touchés lors du séisme du 12 janvier, les organismes de service public, notamment la Téléco, l’Électricité d’État d’Haïti (EDH) et la Direction nationale d’eau potable et d’assainissement (Dinepa), tentent difficilement de redémarrer.
Avec la destruction d’un de ses principaux bâtiments et la mort de plusieurs techniciens cadres, la Téléco a payé un très lourd tribut au séisme du 12 janvier. Cependant, selon les dernières déclarations du directeur général, Michel Présumé, des efforts sont en train d’être faits pour que la compagnie reprenne du service. Des experts étrangers, a-t-il informé, ont déjà procédé à l’évaluation des locaux de la compagnie en vue de fournir un rapport technique sur les réparations à effectuer. Pour les matériels techniques de la compagnie, a déploré M. Présumé, « ils étaient, pour la plupart, irrécupérables ».
Bien qu’avant la catastrophe, la qualité du service fourni par la Téléco était fortement critiquée et les citoyens s’interrogeaient sur le rôle et le fonctionnement de la compagnie qui n’en demeure pas moins le centre de la télécommunication en Haïti. « Avec la destruction du bâtiment situé à l’angle du boulevard Jean-Jacques Dessalines et la rue Pavée, bâtiment où étaient installés tous les systèmes techniques, la mort d’importants techniciens, c’est le cœur même de la Téléco qui a été touché », déplore Michel Présumé.
Le directeur général réitère sa volonté de poursuivre le processus d’implantation, dans le pays, d’infrastructures de télécommunication viables. « Bien que les données aient beaucoup changé après le 12 janvier, des pourparlers avec certains partenaires continuent », fait-il savoir.
Déjà au cœur de l’actualité dans les jours précédents le tremblement de terre, l’épineux dossier de la « modernisation ou privatisation » de la Téléco sera réactivé, annonce Michel Présumé. « Les dégâts enregistrés lors du séisme ne constitueront pas un blocage à ce dossier », soutient-il, indiquant que les bâtiments ne faisaient pas partie de l’accord ainsi que les équipements, ces derniers étant obsolètes. Une source digne de confiance informe que, dans le courant de la semaine à venir, un accord sera signé aux États-Unis, plus précisément à New York, entre les responsables de la Téléco et ceux de la Vietel, une compagnie publique vietnamienne de télécommunication. Rappelons que ce dossier était en débat au Parlement dans la matinée du 12 janvier.
L’électricité enfin de retour
L’Électricité d’État d’Haïti (EDH) a été également très touchée par la catastrophe du 12 janvier. Malgré de graves dommages subis par les différents réseaux de distribution, après six semaines l’électricité a été rétablie dans la plupart des quartiers de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, ceci « grâce au support de nos voisins dominicains », a déclaré récemment René Préval, président de la République. D’autres initiatives, comme la distribution d’environ 5 000 ampoules thermiques à plus de 90 familles, ont également été prises dans les semaines qui ont suivi le séisme, a-t-on appris.
Toutefois, Serge Raphaël, directeur général de l’EDH, a informé, au début du mois de février, d’un plan national de relance de la compagnie. Ce plan prendra en compte notamment la réhabilitation et le renforcement des réseaux électriques endommagés lors du séisme, la réactivation de trois sous-centrales dont celle de Carrefour, et la réparation des centrales thermiques. « 40 millions de dollars seront nécessaires dans l’immédiat pour lancer ces travaux », a-t-il précisé.
L’acquisition de nouveaux matériels est également indispensable pour que l’EDH réponde avec satisfaction aux besoins d’électricité de la population. À cette fin, la compagnie doit mobiliser près de 45 millions de dollars sur une période de trois mois, a précisé le responsable. D’un autre côté, Serge Raphaël a annoncé l’arrivée sous peu de techniciens brésiliens et canadiens pour aider les autorités à explorer de nouvelles sources d’énergie.
Longtemps considérée comme une compagnie en faillite, l’EDH aujourd’hui doit penser à sa survie pour ne pas subir le même sort que la Téléco. Un plan devant permettre à l’institution de se financer pour survivre, mais également pour desservir les milliers d’Haïtiens qui n’ont pas les moyens d’acquitter les factures d’électricité, est sérieusement envisagé par les responsables de cet organisme, a souligné le directeur général de la compagnie.
« Pour se débarrasser de son statut de pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, et devenir un pays émergent dès 2030 comme l’a déclaré le Premier ministre Jean-Max Bellerive dans son discours de lancement du PDNA au Karibe Convention Center, le 18 février écoulé, Haïti devra mettre sur pied un système électrique plus performant en se tournant vers de nouvelles sources d’énergie », ont déclaré certains spécialistes rencontrés la semaine dernière, expliquant que le système actuel est trop coûteux et désuet.
L’eau potable, un autre défi
Pour répondre aux nombreuses sollicitations de la population en matière d’eau potable après le 12 janvier, une grande mobilisation des ressources fut alors nécessaire. Ainsi la Direction nationale d’eau potable et d’assainissement (Dinepa) a organisé quotidiennement des rencontres avec divers partenaires nationaux et internationaux afin de trouver la meilleure méthode pour répondre aux exigences de l’heure.
Un accord, a-t-on appris, a pu être trouvé entre la Dinepa et des compagnies, comme Fraîcheur locale, Sani-Suisse (Eau Miracle) qui possède le plus grand réseau de kiosques de revente d’eau traitée à Port-au-Prince, soit 260 dont 160 sont fonctionnels. Il a été convenu que la Dinepa subventionne l’eau traitée alimentant les kiosques de façon à ce qu’elle puisse être distribuée gratuitement. La présence de ces nombreux points de distribution permettra, estiment les responsables, d’augmenter sensiblement le maillage des points d’accès à l’eau potable pour la population.
Environ 300 pompes à bras (India Mark pour la plupart) sont installées au niveau de la plaine de Léogâne, l’une des communes les plus touchées par le tremblement de terre. Des réparations d’urgence de pompes à bras seraient aussi envisagées. D’un autre côté, en accord avec la Dinepa, l’Action contre la faim (ACF) a informé qu’elle allait installer une station de traitement de 5 m3/h à l’École Saint-Christophe qui accueille environ 7 000 personnes.
Sur un autre plan, la Dinepa considère que la crise actuelle doit être une opportunité pour accélérer la mise en place ou la réparation d’infrastructures d’eau potable en province, et l’établissement de structures de gestion et de services conformes à la réforme du secteur.
Contrairement aux autres services, les organismes de distribution d’eau potable méritent une mention toute particulière, selon l’avis de plusieurs citoyens et responsables de camps de rescapés. Dans les jours qui ont suivi le 12 janvier, les victimes ont été alimentées gratuitement tous les jours en eau potable. La Camep, de son côté, a continué à assurer l’alimentation de ses abonnés bien que enregistrant des cas des réseaux endommagés.