Dans des containers à l’Académie de police, à Frères, les sénateurs reviennent avec leurs vieilles querelles, environ deux mois après le séisme du 12 janvier qui a détruit le Palais législatif et tué deux d’entre eux, Jacques Jean Wilbert (Lespwa, Centre) et Michelet Louis (indépendant, Artibonite). Sujet de discorde : le rapport de la commission sénatoriale des Affaires politiques créée, au lendemain de la catastrophe, en dehors des règlements intérieurs de l’institution. Seulement treize sénateurs avaient participé à cette séance, alors que le quorum obligatoire est de seize.
Par ailleurs, l’unanimité, semble-t-il, n’est pas faite autour du suivi à accorder au rapport élaboré après les différentes rencontres tenues par la Commission. Pour preuve, au sein même de cette commission de douze membres, seulement deux tiers ont ratifié le rapport.
Une lettre aurait été adressée au président du Sénat lui demandant de planifier une rencontre avec le chef de l’État en vue de soumission du rapport. Cependant le sénateur Kély C. Bastien, qui tente de reprendre assez timidement ses activités, quoiqu’en convalescence après ses fractures aux pieds, plaide pour la présentation du rapport à l’assemblée des sénateurs avant tout autre suivi.
Le sénateur Youri Latortue voit, lui, les choses autrement. « Il faut aller de l’avant ! », a-t-il lâché. Le sénateur de l’Artibonite estime que le Sénat n’aura pas à valider la position des secteurs rencontrés. Plus loin, M. Latortue admet que l’Exécutif n’est pas lié par ce rapport. Cependant, « pour éviter le chaos, a-t-il dit, le président René Préval doit tenir compte des recommandations et les appliquer ».
À entendre le premier sénateur de l’Artibonite, tout rejet du rapport par le chef de l’État refroidirait davantage les relations entre le Parlement et l’Exécutif, particulièrement le Sénat puisque, selon le sénateur, « en fin de mandat et en session extraordinaire, les députés de la 48e législature ne peuvent grand-chose ». Déjà, Youri Latortue conditionne le vote , au grand corps, d’une loi sur l’État d’urgence au dépôt au Parlement du rapport des dépenses déjà effectuées dans le cadre de l’État l’urgence et d’un plan d’action détaillé des actions qui seront entreprises à court, à moyen et à long termes.
Alors que le sénateur Youri Latortue semble pressé de rencontrer le chef de l’État autour du rapport de la commission, la semaine dernière une réunion avec le chef de l’État n’a pu avoir lieu, la commission n’étant pas prête selon son président.
Le Sénat au lendemain du séisme
Le séisme du 12 janvier a sérieusement frappé le Parlement dont le siège au Bicentenaire n’est plus fonctionnel. Deux sénateurs ont été tués et plusieurs autres blessés, dont le président et le vice-président du grand corps, respectivement Kély C. Bastien (Nord, Lespwa) et Michel Clérié (Grand’Anse, Fusion). Ces derniers ont été soignés en République dominicaine.
Suivant les règlements intérieurs du Sénat, en l’absence du président, il revient au vice-président de prendre les rênes. En cas d’indisponibilité de ce dernier, c’est le premier secrétaire qui prend les charges.
Kély C. Bastien et Michel Clérié ayant été empêchés, il revenait à Francky Exius (Sud, Lespwa) de diriger le grand corps au cours des trois semaines qui ont suivi le séisme du 12 janvier.
Trouver un espace pour se réunir et se réunir en assemblée, même avec treize sénateurs, s’avérait alors capital. La formation de la commission sénatoriale des Affaires politiques et de celle de Suivi, de Contrôle et de l’Évaluation de l’Aide, sont parmi les premières initiatives prises par des sénateurs au lendemain du séisme du 12 janvier. Des consultations de la commission Affaires étrangères avec les différents secteurs, et des réunions avec le chef et des membres du gouvernement dont le ministre de la Santé publique ont suivi.
Côté administratif, les chefs de service ont pris des dispositions pour que du personnel soit disponible au niveau du Sénat. Plus d’un déplore qu’aucune mesure n’ait été adoptée pour organiser des funérailles nationales pour les deux sénateurs tués. Peu d’informations ont circulé sur ce qui est advenu, à ce jour, des dépouilles de ces derniers.
L’Académie de police à Frères pire des containers ne constitue pas l’endroit idéal pour le fonctionnement du Parlement. Ce que reconnaît le sénateur Francky Exius qui parle de « difficultés, faute de local, de planifier une séance en Assemblée nationale ». Le choix, à cet effet, de la chapelle de l’Académie de police serait à l’étude.