Deux mois après le puissant séisme de magnitude 7.3 sur l’échelle de Richter qui a lourdement frappé la capitale haïtienne, le secteur financier tente d’arrache-pied de mettre en œuvre les palliatifs nécessaires en vue de stabiliser le système financier et d’équilibrer l’économie haïtienne via la recapitalisation des agents économiques.
Tous les secteurs de la vie nationale ont été, directement ou indirectement, affectés par le désastre du 12 janvier. Au niveau économique, la situation est très alarmante en ce sens que la moitié du PIB (Produit intérieur brut) a été détruite au cours de cette catastrophe. Cette dernière est survenue à un moment où l’économie haïtienne laissait présager un avenir meilleur. En témoigne l’augmentation durant l’exercice fiscal 2008-2009, en terme réel, du PIB qui a crû de 2,9% et des principales variables de la demande globale, comme l’investissement et la consommation, qui ont augmenté respectivement de 3,2% et de 3,9%.
Le secteur privé des Affaires s’engage
Selon l’économiste en chef du Groupe Sogebank et membre de la commission de la compétitivité, M. Pierre-Marie Boisson, cette catastrophe devrait nous inciter à repenser Haiti avec de nouvelles normes de constructions, mais aussi donner une nouvelle orientation à l’économie haïtienne. Celle-ci doit tenir compte des opportunités extraordinaires lui permettant d’augmenter sa productivité dans divers segments, notamment des fruits, légumes et de l’élevage. « En ce qui a trait au secteur de la construction, qui est un secteur à fort potentiel d’impact sur l’économie réelle, il devrait, en cette période douloureuse, générer de nouveaux emplois. Pour cela, un zoning de l’espace et les investisseurs sont prêts à accompagner ce secteur » a martelé l’économiste Pierre-Marie Boisson. Il est fort probable que l’économie se contracte durant l’exercice fiscal 2009-2010, mais c’est le moment aussi de lancer le « New Deal » haïtien à travers de vastes projets de construction à haute intensité de main-d’oeuvre.
Bien qu’il soit trop tôt pour établir un bilan des dégâts causés par la catastrophe du 12 janvier, une chose est certaine, c’est que le secteur bancaire a été lourdement frappé. Cependant, moins de deux semaines après le désastre, « nous nous sommes mis à pied d’œuvre pour restaurer le système de paiement dans les villes de province et dans la zone métropolitaine » a précisé M. Boisson. « Nos techniciens ont travaillé d’arrache-pied en vue de remettre en état de fonctionnement les installations bancaires existantes et, de nos jours, ils continuent de travailler pour mettre le système à son niveau pré-desastre » a déclaré l’économiste Boisson.
Une nouvelle conception de la société
Somme toute, l’économiste Boisson plaide pour la relance du crédit à court terme pour permettre aux agents économiques de poursuivre leurs activités afin d’empêcher la paralysie du système. « Il est certain que la demande de crédits, pour les besoins de financement de certains projets de constructions et de la reconstitution de fonds de roulement, pourrait connaître une augmentation au cours de cette année. Cependant la faiblesse du risque capital pourrait contribuer à diminuer l’offre de crédits. A cet effet, l’établissement de fonds de garantie partiel et des mécanismes de recapitalisation des banques ainsi que l’assistance des bailleurs de fonds s’avèrent nécessaire », a indiqué M. Boisson.
Dans la perspective du sommet de Washington prévu pour la fin de ce mois, un document du secteur privé des affaires devrait être rendu public bientôt. Une partie de ce document devrait être rédigée par la commission de la Compétitivité. Les procédures à mettre en œuvre pour relancer les activités dans l’agriculture (fruits et légumes), le tourisme et le développement urbain, devraient y être contenues. Une autre partie devrait nous donner une idée de la vision du secteur privé des affaires de la société haïtienne, le rôle social que le secteur privé entend jouer dans la conception de cette nouvelle société.
Les IMF n’entendent pas baisser les bras
Hormis le système bancaire, les institutions de micro finance (IMF) ont ressenti de plein fouet les conséquences de la catastrophe du 12 janvier. Ce secteur, qui a connu un essor significatif au cours de ces 12 dernières années et qui desservait plus de 230 000 clients, pour la plupart du secteur informel, avec un portefeuille estimé à plus de 3 milliards de gourdes, a essuyé des pertes incommensurables tant du point de vue matériels que financièr. A en croire le président du Conseil d’Administration de l’Association nationale des institutions de micro finance d’Haiti (ANIMH), une association regroupant 16 institutions de micro finance non-cooperatives, M. Sinior Raymond, seulement dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince 60% de leurs clients ont quasiment tout perdu, et à Léogane 100% des micro entrepreneurs ont été sévèrement touchées par la catastrophe.
Parallèlement, M. Sinior a mis l’accent sur la nécessité de mettre en œuvre un plan d’urgence afin de non seulement recapitaliser les clients affectés par la catastrophe du 12 janvier afin que ces derniers puissent consentir de nouveaux prêts, mais aussi de procéder à une recapitalisation des institutions de micro finance lourdement touchées par le désastre. Cette assistance, permettra à ces institutions financières de remplacer les équipements détruits au cours de la catastrophe. A cet effet, plusieurs bailleurs de fonds ont déjà été contactés, notamment l’USAID, la Bid, l’Union européenne, etc.
L’ACME déterminée...
Selon M. Sinior Raymond, dès le lendemain de la catastrophe, diverses instituions de micro finance, malgré les dommages essuyés, ont déjà repris leurs activités en vue d’accompagner et d’assister le secteur informel. C’est le cas de l’Action pour la Coopération avec la Micro Entreprise (ACME) dont il est l’actuel directeur géneral. Cette association qui fonctionne avec un portefeuille de 517 000 000 de gourdes (jusqu’en déc. 2009) a déjà octroyé près de 1800 crédits au cours du mois de février. Afin de répondre aux besoins grandissants de ses clients, le staff de l’ACME compte très prochainement mettre en place des agences mobiles qui auront comme tâche principale d’analyser les dossiers des clients afin de finaliser les prêts. M. Sinior n’écarte pas la possibilité pour l’institution qu’il dirige d’implanter de nouvelles agences dans d’autres départements du pays, notamment l’Artibonite, le Nord et le Sud.