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Le Président a tenu promesse : Arnel Bélizaire a été arrêté. Un scandale de plus pour un pays déjà au bord du gouffre. La République avait-elle besoin d’un nouveau scandale ? En tout cas, le mal est fait. La présidence a sauvé la face. L’honneur est sauf. Qu’en est-il du Parlement ?
Le Président l’avait promis, son entourage l’avait confirmé : Arnel Bélizaire a été arrêté. Konstitisyon se papye, bayonèt se fè. Ce vieil adage n’a jamais paru aussi vrai qu’en cet après-midi du 27 octobre 2011. En Haïti, il n’y a qu’un pouvoir, et c’est l’exécutif. Mis à part l’honneur du député de Delmas/Tabarre qui a été éclaboussé, le Parlement a été réduit à sa plus simple expression. La procédure initiée par le commissaire Félix Léger a mis le feu aux poudres. Le pays est transformé en véritable amphithéâtre où s’affrontent les hommes d’État. Après ce drôle de feuilleton, la vie politique du pays, prédit-on, ne sera plus jamais la même.
Entre le Parlement et l’exécutif, c’est la guerre. L’harmonisation des pouvoirs en vue de résoudre les problèmes de la nation n’est plus d’actualité. Ce qui importe aujourd’hui pour les parlementaires, c’est faire face au bourreau. Répondre aux affronts infligés. Cet ultime face-à-face vient briser le calme qui régnait depuis la ratification du Premier ministre Garry Conille.
Tristement, peut-être, Arnel Bélizaire est devenu, l’espace d’une journée, la personnalité politique la plus connue du pays. Et le grand prétexte de cette nouvelle guerre. La défaite de la loi a été consacrée et un retour à l’ordre ancien semble imminent. Le pays n’a jamais paru aussi laid aux yeux de l’international. Énième dérapage ! L’histoire est en marche, mais quelle histoire ? L’irruption du ministre de l’Intérieur dans les locaux de l’aéroport après les événements est symbolique. Le passage à tabac de trois agents de sécurité de cette institution par les gardes du corps du ministre rappelle étrangement la fin des années quatre-vingt, quand les militaires s’érigeaient en seigneurs.
Le film de l’événement…
Tôt dans la matinée du jeudi 27 octobre, les forces de l’ordre étaient déjà sur le qui-vive. Plusieurs unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti étaient déployées dans les rues bordant l’aéroport international Toussaint Louverture. Accompagnés de soldats de la Minustah, notamment de bataillons du contingent brésilien, les policiers paraissaient déterminés à exécuter les ordres qu’ils avaient reçus. Ce fut, premièrement, l’exécution de la décision du parquet de Port-au-Prince en ce qui a trait à M. Bélizaire et, en second lieu, l’interdiction d’entrée à quiconque voulait pénétrer dans les enceintes de l’aéroport.
Aux environs de quatre heures de l’après-midi, le président de la Chambre des députés, Sorel Jacinthe, arrivé sur les lieux à la tête d’une délégation composée essentiellement de membres de la Chambre basse, a voulu se rendre au Salon diplomatique. Stupeur ! L’une des plus grandes autorités politiques du pays s’est vu refuser l’entrée par des agents de la PNH. L’agent du Cimo responsable de garder l’entrée a signifié à M. Jacinthe qu’il avait reçu l’ordre de ne laisser passer personne. Le président Jacinthe a rétorqué que cet ordre était illégal.
Après plus d’une heure de palabres, d’échanges de toutes sortes, les députés ont pu finalement, dans une grande bousculade, franchir le premier cordon de sécurité formé par les agents de la PNH. Intelligemment, les policiers ont laissé passer les parlementaires, évitant de surcroît un dérapage incontrôlé qui aurait pu avoir des conséquences néfastes pour le pays. Bloqués devant la seconde barrière par des agents de la Minustah, ce fut là une suprême humiliation pour les élus du peuple qui furent placés dans une situation plus qu’embarrassante. « L’occupation est confirmée », ont scandé alors certains protestataires dans la foule.
Entre-temps, les quelques centaines de manifestants massés devant la barrière numéro 7 de l’aéroport, et qui se sont réclamés de la mouvance lavalas et proches d’Arnel Bélizaire, ont scandé des slogans hostiles à M. Martelly. La création de la nouvelle armée fut pointée du doigt par les contestataires, qui y voient les prémices d’une dictature. « Zafè lame woz sa a, nou p ap pran ladan l. Aba lame woz ! » ont-ils chanté.
Enfin, aux environs de 5 h 45, la nouvelle est tombée. Le député Bélizaire est arrêté. L’information s’est répandue comme une traînée de poudre au milieu de la foule qui commençait alors à lancer des propos hostiles au chef de l’État. Dans un va-et-vient incessant entre la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et l’aéroport, les manifestants ont jeté des pierres sur des bâtiments limitrophes, créant ainsi un grand vent de panique dans toute la zone.
À peine descendu de l’avion, le député de Delmas-Tabarre a donc été appréhendé par des agents du SWAT. D’après l’ordre émis par le parquet, M. Bélizaire est accusé de meurtre, évasion et complot contre la sûreté de l’État.
Conduit au Pénitencier national, Arnel Bélizaire a passé la nuit au greffe de la prison. Selon les premières réactions du prévenu, les responsables de l’instance carcérale se sont refusés à le placer dans une cellule, vu qu’il a été disculpé pour le chef d’accusation d’évasion mentionné dans la demande du commissaire du gouvernement qui leur fut envoyée. Jusque dans la matinée du 28 octobre, aucun dossier sérieux précisant les charges retenues contre l’élu ne fut disponible au Pénitencier.
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