|
Une importante délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies a visité Haïti du 13 au 17 février. Menée par Susan Rice, les 15 membres de cette mission ont eu à participer à un diner chez le Premier ministre, le jour de leur arrivée. Ils ont ensuite visité le Parlement haïtien avant d’être reçus au palais national par le président Michel Martelly. Le rapport de cette délégation qui a aussi visité des villes où sont déployés des contingents de soldats onusiens doit éclairer les lanternes du Conseil de sécurité qui décidera, en octobre prochain, du renouvellement du mandat de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation d’Haïti (Minustah) |
|
Le Conseil de sécurité de l’ONU dont la visite en Haïti correspondait avec celle d’une délégation de la CARICOM avait pour mission d’évaluer les efforts consentis par le gouvernement grâce au support de la communauté internationale. Le chef de la délégation, Susan Rice, qui est également l’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies, a réaffirmé l’engagement de la communauté internationale aux cotés d’Haïti. Insistant sur la reconstruction du pays, Mme Rice depuis son arrivée à l’aéroport de Port-au-Prince a insisté sur la sécurité et la stabilité qui font partie des conditions essentielles au développement d’Haïti.
Dans la ville de Léogane, la mission a constaté les travaux effectués par le contingent coréen déployé dans la zone. Dans les domaines de l’éducation, de la santé et des infrastructures, ces militaires ont fait des interventions en faveur de la population léoganaise. Des jeunes sont devenus conducteurs d’engins lourds grâce à l’accompagnement de ces soldats. Le Conseil de sécurité en a fait le constat. La mission s’est aussi rendue dans la ville de Miragoâne et dans le quartier populaire de Fort National. Ce quartier est souvent le théâtre de turbulences politiques ou d’autres formes d’éclatement social. Le déploiement des casques bleus dans cette zone a été évalué.
En visitant le Parlement haïtien, le conseil a plutôt butté sur la hâte de certains parlementaires à voir le départ définitif des soldats onusiens. Le Sénateur Youry Latortue qui ne rate pas une occasion de réclamer des poursuites judiciaires contre les soldats accusés de viol, a clairement souhaité que le départ de la mission onusienne vienne sans tarder. S’adressant directement aux membres de la délégation, le président de la commission justice et sécurité du grand corps a invité, le conseil de sécurité à établir avec l’Exécutif haïtien, un plan de retrait des troupes onusiennes.
Comme pour faire une mauvaise surprise à ces hôtes, le sénateur a soulevé une question qui gêne à chaque fois les responsables onusiens : le choléra. Youry Latortue a rappelé ses enquêtes et plaidoyers en faveur de la responsabilisation de la Minustah et du dédommagement des victimes. Ce même sénateur vient de proposer une résolution qui a été adoptée par le Sénat, en faveur d’un jugement en Haïti des soldats pakistanais récemment accusés de viol d’un jeune haïtien dans la ville de Gonaïves. Cette résolution soulignait d’ailleurs que le viol, le harcèlement sexuel, le détournement de mineurs, la sodomie forcée constituent des infractions graves portant atteinte à la dignité humaine.
Au moment de voter cette résolution, le sénateur Latortue avait souligné à l’attention de ses collègues que 14 cas d’exaction commise par des soldats de la Minustah ont été recensés au cours de la seconde moitié du mois de janvier.
Avant même de rencontrer les parlementaires, le chef de la délégation, Susan Rice, avait insisté sur la résolution 2012 des Nations-Unies, condamnant les mauvaises conduites des agents. Elle a réclamé qu’une enquête soit menée sur chacun des cas ou des soldats onusiens sont accusés d’abus sexuel. « Le Conseil de sécurité a un intérêt particulier dans le succès de la Minustah », précisait la diplomate américaine, au seuil même de sa visite en Haïti.
La mission du Conseil de sécurité des Nations Unies venue quelques jours après le départ de l’envoyé spécial de l’ONU sur la situation des Droits de l’Homme en Haïti, est reparti les mains pleines de griefs. Selon plusieurs observateurs, le renouvellement du mandat de la Minustah est presqu’un acquis que le rapport de cette mission ne saura changer. Mais les leçons apprises lors de cette visite entreprise à un moment où à la fois le Parlement et l’Exécutif sont divisés en deux camps disparates, enseigneront encore une fois à ces experts, la complexité de la question haïtienne.
|