|
Le vote politique aux dépens du respect de la Constitution a encore une fois tristement triomphé. Mais ce n’est pas sans conséquence. Si le vote positif octroyé au Premier ministre désigné Laurent Lamothe a profité à ce dernier et à certains sénateurs, il a cependant provoqué un grand malaise au sein des plateformes politiques.
Quels rapports existent-ils entre les plateformes politiques et leurs élus ? La réponse peut-être perçue au regard de leur comportement politique respectif. En effet, au lendemain de la première phase de ratification du Premier ministre désigné au Sénat, certains dirigeants de plateformes politiques sont montés au créneau. Ils affirment ouvertement leurs désaccords face à ce vote positif accordé par nombre de leurs sénateurs au rapport de la commission chargé d’analyser les pièces du prétendant à la primature. Incohésion ? Les uns stupéfaits, les autres indignés. En tout cas, ce vote traduit les profondes contradictions qui minent ces structures politiques.
Mutinerie !
La majorité relative fonctionnelle de la plateforme Inite a une nouvelle fois été décisive. Une douzaine de ses élus a voté favorablement et défendu avec véhémence la candidature de Laurent Lamothe lors de la séance du 10 avril dernier à la Chambre haute. Tandis que deux autres sénateurs, Moise Jean Charles et Francky Éxius, s’y sont opposés et un autre, Jean Baptiste Bien-Aimé, s’est abstenu.
À l’issue de ce vote contradictoire, le directoire de cette plateforme a fixé sa position. Dans une note de presse, les dirigeants se sont dit stupéfaits du vote positif qu’un nombre considérable de leurs élus ont donné au prétendant à la primature. À en croire Saurel Jacinthe, ce vote contraste avec la position commune adoptée par la plateforme avant la séance. Toutefois, aucune précision n’a été apportée sur le comportement à tenir par ces parlementaires d’Inite lors de ladite séance.
Mais que s’est-il donc passé ? Si la réponse se fait encore attendre, les faits, cependant, parlent d’eux-mêmes : entre directoire et élus de la plateforme Inite, c’est la cacophonie. Rien d’étonnant, diront certains, au regard du contexte de formation de cette plateforme dont les membres ne sont animés d’aucune allégeance et conviction idéologique. Il s’agit d’un groupe de parlementaires de la 48e législature issus d’horizons divers, motivés par l’ambitieux projet de constituer un parti présidentiel afin de pérenniser le pouvoir.
Alternative ou le déficit de leadership
Plus complexe et insaisissable est la position des dirigeants de la plateforme Alternative. Si le directoire d’Inite accorde ses violons sur une position commune, on ne peut en dire autant de celui de l’Alternative. La sénatrice Édmond S. Beauzile, également coordonnatrice du parti Fusion des sociaux-démocrates, est convaincue de l’éligibilité de Laurent Lamothe comme Premier ministre. Une conviction qui se traduit par le mandat qu’elle a octroyé à l’un de ses pairs pour donner en son nom un vote favorable au rapport de la commission sénatoriale alors qu’elle était absente à la séance.
À l’opposé, Évans Paul, dirigeant de la Konvansyon Inite demokratik (KID), et Harry Massant, coordonnateur à l’organisation de l’OPL (Organisation du peuple en lutte), deux des partis politiques représentés dans la Plateforme, se sont montrés très critiques vis-à-vis de ce vote qu’ils qualifient respectivement de « honteux » et de « dérapage politique ». Monsieur Massant estime que les arguments du sénateur Steeven Benoit étaient suffisants pour permettre aux sénateurs de l’Alternative de voter contre l’éligibilité du Premier ministre désigné. Qu’est-ce qui explique cette grande incohérence ?
Monsieur Massant tente d’apporter des éléments de réponses. Il impute cette anomalie à un problème de concertation au niveau de l’Alternative. Car, avance-t-il, la rencontre prévue avant la séance pour fixer la position de la plateforme a été avortée. Légèreté ou contradictions internes ? En tout cas, les élus de cette structure politique se sont comportés comme des brebis égarées. Steeven I. Benoit est le seul sénateur de l’Alternative ayant courageusement voté contre le rapport de la commission, estimant, par le biais de documents dont il dit disposer que Laurent Lamothe est inéligible au poste de Premier ministre. Par contre, le sénateur de l’OPL, Mélius Hypolite, a approuvé la ratification du dépôt des pièces du ministre des Affaires étrangères démissionnaire. De leur côté, deux autres sénateurs de l’OPL, Anick François Joseph et Andris Riché, mécontents, ont dû quitter la séance peu avant l’heure du vote.
Cette séance de ratification confirme les contradictions qui caractérisent l’Alternative dès ses balbutiements. D’aucuns se souviennent à ce propos que les dirigeants de cette plateforme s’étaient farouchement opposés aux élections présidentielles et législatives de 2010 alors que leurs membres ont participé à ces joutes électorales et ont été élus. C’est ce qui d’ailleurs a permis à l’Alternative d’être représentée au Parlement.
S’achemine-t-on vers un éclatement des plateformes politiques ? D’aucuns estiment, en tout cas, que ces structures politiques sont pour le moins vulnérables, car elles ne reposent sur aucun fondement idéologique réel.
Jeanmich83@yahoo.fr
|