102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 17/05/2013 19:17:43   18 May 2013-08h22
Des professionnels haïtiens, de la confection au raccommodage
Plusieurs petits métiers générateurs de revenus sont en train de disparaître dans le pays. Cela a un impact négatif considérable. Cependant, les autorités gouvernementales ne font rien en vue de les valoriser. Les pratiquants de certains métiers comme la cordonnerie, la couture et l’orfèvrerie s’adonnent maintenant au raccommodage des produits venus de l’étranger.
Plusieurs petits métiers générateurs de revenus sont en train de disparaître dans le pays. Cela a un impact négatif considérable. Cependant, les autorités gouvernementales ne font rien en vue de les valoriser. Les pratiquants de certains métiers comme la cordonnerie, la couture et l’orfèvrerie s’adonnent maintenant au raccommodage des produits venus de l’étranger.

Les petits métiers ne valent plus rien en Haïti. Depuis plusieurs décennies, on assiste graduellement à la disparation de certains métiers qui jadis occupaient une place prépondérante dans l’’economie du pays. De l’avis de certains observateurs, tailleurs, menuisiers, cordonniers et brodeurs gagnaient aisément leur vie. Ils ne dépendaient d’aucune tierce personne. Aujourd’hui, la production nationale est au point mort. Tout est importé. Il n’y a, selon toute vraisemblance, pas de place pour les petits métiers. Leurs pratiquants sont obligés de s’adapter à une nouvelle façon de vivre. Certains d’entre eux n’abandonnent pas pour autant. Ils s’adonnent désormais à la réparation et « l’ajustement ». .

Bélannet Samedi, un Jérémien, pratique la cordonnerie depuis vingt-cinq ans à la rue des Fronts-Forts. Les affaires ne marchent pas, mais il ne sait pas faire autre chose. Il est donc obligé de continuer à pratiquer son métier. « Je ne gagne pas assez pour subvenir à mes besoins les plus élémentaires, confie-t-il. Cela devient de plus en plus difficile. » .

La fabrication de chaussures en Haïti était réservée aux petits artisans. Ces travailleurs du cuir et de bien d’autres matières étaient présents partout sur le territoire national. Ils confectionnaient tout type de souliers et de sandales. Aujourd’hui, cette profession tend à disparaître. Faute de pouvoir confectionner des souliers et des sandales avec des produits locaux, ces petits professionnels s’adonnent au raccommodage de chaussures venues de toutes parts. Il en résulte qu’ils gagnent très difficilement leur vie. .

Certains immigrés, à la fin du XIXe siècle, ont donné, dit-on, un essor à cette pratique dans le pays. Des familles italiennes, dont Vitiello, Cordasco et bien d’autres, ont développé l’industrie de la chaussure en Haïti. Des magasins étaient ouverts un peu partout, des artisans haïtiens trouvaient du travail. À cette époque, selon l’historien Georges Corvington, les petits métiers nourrissaient leurs pratiquants. Le phénomène « pèpè » n’était pas connu dans le pays. Pour se chausser et s’habiller, tout le monde recourait aux professionnels de la place. .

La cordonnerie, affirme un pratiquant, n’est pas valorisée dans le milieu haïtien. Pourtant chaque jour, ils sont des centaines à investir les rues de la capitale haïtienne. C’est leur gagne-pain. On comprend que la cordonnerie et bien d’autres petits métiers constituent une source d’emplois intarissable, même si les autorités compétentes ne l’ont toujours pas compris ainsi. .

Si la cordonnerie haïtienne a chaussé plusieurs générations, elle demeure toutefois un métier en voie de disparition. Avec l’invasion des produits usagés, la situation socio-économique des cordonniers est devenue de plus en plus précaire. .

D’autres métiers disparaissent aussi

Le constat n’est pas différent chez les pratiquants des plusieurs autres corps de métiers. Les tailleurs, les brodeurs, les menuisiers sont aussi victimes de l’omniprésence des produits usagés. De l’avis de Bélannet Samedi, les autorités ont plus d’intérêt dans la vente des produits « pèpè », dans le pays que de mettre des structures en place en vue de valoriser les petits métiers. .

Plusieurs tailleurs approchés n’ont pas caché leur frustration face à cet état de choses. La situation a beaucoup évolué durant les trente dernières années. À en croire Boss Serge, un tailleur de l’avenue Christophe Chanel, le métier de tailleur est réduit à sa plus simple expression. Ce, malgré le fait que le pays fait face à un grand déficit en ce qui a trait à la création d’emplois. Plusieurs gouvernements se sont succédé et rien n’est fait en vue de valoriser les petits métiers de chez nous. .

De l’avis du sociologue Fritz Dorvilier, l’État a pour fonction de recenser, systématiser réguler et réaliser les buts collectifs de la société. Cela sous-entend que les autorités étatiques devraient tout mettre en œuvre en vue de valoriser les valeurs. Les petits métiers, dans le pays, hormis certains qui sont enseignés chez les « Salésiens de Don Bosco », se transmettent de père en fils. Aussi plusieurs jeunes les ont-ils appris au contact des amis. Ils ont permis à plusieurs dizaines de familles du centre-ville de Port-au-Prince de gagner leur vie. La dévalorisation de ces métiers est très catastrophique pour la société !
Jose Flécher flecherjosew@yahoo.fr
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