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Le président Michel Joseph Martelly, satisfait de son bilan, la réalité appelle à la modestie. Le secteur touristique dont il a fait l’une de ses priorités majeures accuse, on ne peut le nier, un certain dynamisme. Toutefois, les tapages autour du potentiel touristique d’Haïti risquent de ne pas rencontrer d’écho, s’ils ne sont accompagnés des mesures appropriées.
Depuis son accession au pouvoir le 14 mai 2011, le président Martelly s’est beaucoup remué pour attirer investisseurs et touristes en Haïti. La ministre du Tourisme, Stéphanie Balmir Villedrouin, n’est pas en reste non plus. D’octobre 2011 à aujourd’hui, elle a fait preuve d’une activité débordante, tentant de vendre par-ci par-là une nouvelle image d’Haïti, manière de relancer le secteur touristique.
Le gouvernement a entamé une campagne incitative en profitant des moindres occasions pour attirer l’attention sur les potentialités touristiques d’Haïti. Conférences, colloques nationaux et internationaux, sommets se succèdent. Rencontres, promesses et quelques initiatives laissent entrevoir une possible redynamisation. Déjà, Haïti peut espérer entre 1 200 à 1 300 nouvelles chambres d’hôtel d’ici à 2013. Le pays devrait d’ici peu accueillir un hôtel Marriott dont les travaux, si tout se passe bien, devraient démarrer en juillet 2012. Un projet de 45 millions de dollars, selon ministère du Tourisme.
Un concours de logo pour « redonner confiance à l’investisseur » a été réalisé par le Ministère. Un magazine de promotion privé, Magic Haiti, a vu le jour en juillet 2011. Il présente Haïti sous son plus beau jour, vantant ses multiples attraits touristiques. Des agents de voyage guadeloupéens et martiniquais sont venus découvrir ces potentialités à l’occasion d’ « Eductour », activité tenue du 15 au 21 mars dernier. Certains d’entre eux ont promis d’amener des touristes en Haïti.
L’appel a été lancé également aux compatriotes de la diaspora ainsi qu’à ceux vivant dans le pays. Le carnaval des Cayes avait rassemblé près de 300 000 carnavaliers venant de diverses régions du pays et de la diaspora. Monsieur Ulrick Emmanuel Noël, directeur des investissements au ministère du Tourisme, a noté trois nouvelles compagnies de transport touristique terrestre qui ont favorisé la création de 800 emplois directs et indirects.
Le gouvernement veut remettre Haïti sur la carte mondiale du tourisme. En 2011, sur les 22 millions de touristes ayant visité la région caraïbéenne, la Républicaine dominicaine a accueilli 4,1 millions tandis qu’Haïti s’est contentée de 300 000, selon les données de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). En vue de faire bénéficier le pays de l’affluence de touristes en république voisine, le président Martelly a signé avec son homologue dominicain, Leonel Fernandez, un accord de multidestination, permettant aux nombreux touristes européens de traverser la frontière sans visa et de profiter des richesses locales. De même, des efforts sont déployés en vue de faire visiter la Citadelle Laferrière par les croisiéristes qui débarquent au port de Labadee, dans le Nord. Le gouvernement opère suivant le Plan directeur du tourisme établi depuis 1996, avec quatre pôles prioritaires : Nord, Sud, Sud-Est, Ouest.
Quelles mesures d’accompagnement ?
Si Haïti jouit d’une « image moins ternie », d’après Ulrick Emmanuel Noël, il va sans dire que des mesures durables doivent accompagner cette « dynamique de dépenses pour la promotion ». Selon lui, il existe des avantages accordés par l’État à certains types d’investissements, mais les gens ne sont pas bien informés de ces incitatifs. De plus, la part du budget généralement consacré au développement touristique ne s’accorde pas avec les velléités des responsables. Le tourisme, en conséquence, ne pèse pas lourd dans la balance du produit intérieur brut (PIB). À titre de comparaison, le tourisme fournit 72 % du budget de la Barbade, une île deux fois plus petite que celle de la Gonâve, tandis qu’en Haïti, son apport est de seulement 5 %, informe un autre responsable du Ministère.
Ulrick E. Noel dit constater une incohérence dans les politiques de développement. Il n’y a pas, déplore-t-il, de fil conducteur qui assure la cohérence des investissements. Ce qui, de son point de vue, peut faire douter de la viabilité d’un investissement à un autre. Il croit cependant que certains investissements de grande envergure devraient profiter au tourisme qui est un secteur transversal. L’aménagement des aéroports de la capitale et des villes du Cap-Haïtien et des Cayes, par exemple.
Tourisme durable et patrimoine
L’action à ce niveau est encore au stade de la sensibilisation aux modèles de construction, la gestion des déchets, l’établissement de normes pour les ressources en eau et énergie. La gestion des parcs nationaux naturels et historiques, responsabilité copartagée par le ministère de l’Environnement et celui de la Culture, doit prouver son efficacité. Fernney Piou fait remarquer que les « visites sauvages », c’est-à-dire informelles, dégradent au fur et à mesure les sites. Il faudrait, selon lui, une régulation pour l’accès aux sites touristiques afin de les sauvegarder et de les valoriser. Il informe néanmoins qu’une police touristique a été mise en place dans le Nord, en accord avec la Police nationale d’Haïti (PNH).
Pour ce qu’il s’agit des centres-villes historiques, ces patrimoines sont en dégradation continue. Dans la cité christophienne, des maisons de style colonial passent souvent sous les flammes avant de se redresser en masse de béton. Celai dit, la promotion doit prendre en compte les grands enjeux et les réalités existantes pour de meilleurs résultats à la longue.
Sainsoivil_aline@yahoo.fr
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