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Dans les écoles comme dans les quartiers, les championnats de football et de basket-ball ont nettement pris le pas sur d’autres sports comme la course, la marche, les sauts qui entrent tous dans le domaine de l’athlétisme. S’il est vrai que le football soulève à l’échelle nationale un intérêt social qui frise l’idolâtrie, la pratique de ce sport fait des exigences auxquelles Haïti n’est toujours pas prête à répondre. Maître Stanley Gaston, responsable de la Commission de discipline de la Fédération haïtienne de football, trouve là une raison de croire que « l’athlétisme est le sport le plus adapté aux conditions haïtiennes ».
Haïti s’obstine à rechercher désespérément une performance exemplaire de la part de sa Sélection nationale de football. Les différentes opérations lancées pour former les futurs « Messi » haïtiens n’ont pas apporté, jusqu’ici, les résultats escomptés. Le basketball, dont l’essor national est récent, ne fait toujours pas l’objet d’une compétition nationale. La filière scolaire, sous-exploitée, permet quand même d’identifier des talents particuliers chez certains jeunes basketteurs haïtiens. Mais le manque d’encadrement, tant pour ces jeunes que pour les équipes auxquelles ils appartiennent, explique encore le grand retard enregistré dans la pratique du basket en Haïti. Nous choisissons volontairement de ne pas nous attarder sur certains autres sports, bien qu’ils soient pratiqués en Haïti : le volley-ball, malgré les efforts de subsistance de certaines équipes, les arts martiaux qui sont de moins en moins associés aux écoles et dont les compétions soulèvent peu d’intérêt médiatique.
« L’athlétisme est peu exigeant »
Aujourd’hui, maître Stanley Gaston croit carrément que tout effort étatique privilégiant le football comme seul sport national risque d’être vain. Selon lui, le développement d’une telle filière sportive prend du temps et les dispositifs infrastructurels qui lui sont inhérents devraient faire l’objet d’une politique publique échelonnée sur plusieurs années. C’est un peu le contraire pour l’athlétisme, de l’avis de Me Gaston, qui souligne que ce sport peut être pratiqué dans des environnements divers. « L’athlétisme est un sport de base : il prépare le jeune à tous les autres sports », argumente le responsable des activités sportives du Barreau des avocats de Port-au-Prince, qui rappelle la médaille d’argent reçu par l’Haïtien Sylvio Cator aux Jeux olympiques de 1928.
« Si Haïti veut remporter de grands prix internationaux, elle ne pourra facilement le faire que dans le domaine de l’athlétisme », précise l’avocat amateur de sport. Il fait remarquer que les autres pays de la Caraïbe, et même des pays africains, connaissent des rayonnements considérables lors des jeux olympiques, grâce à l’athlétisme. Il croit que ce choix est stratégique et repose sur l’évaluation faite par chaque pays de ses propres moyens économiques et financiers en matière sportive. Haïti devrait donc s’inspirer de l’exemple de ces voisins de la région et privilégier l’athlétisme, estime Stanley Gaston.
Le football dans le sang ?
Certains autres amateurs de sport ne l’entendent pourtant pas de cette oreille. Gérald Bordes, trésorier de l’Association haïtienne de la presse sportive (Ashaps), prend en exemple les performances d’un pays comme Cuba dans le domaine de la boxe. Il croit que les pays de la région, Haïti en particulier, peuvent s’adonner des sports autres que l’athlétisme et y investir. « Le football est, selon moi, le meilleur sport pour un pays comme Haïti », tranche Gérald Bordes, qui travaille depuis bientôt dix ans dans le domaine de la presse sportive. Contrairement à Me Gaston, le journaliste estime que la pratique du football fait moins d’exigences infrastructurelles. « Dans toutes les sections rurales d’Haïti on pratique le football », souligne-t-il, évoquant aussi la naturelle passion des Haïtiens en faveur de ce sport. «Nous avons le football dans le sang », martèle encore Gérald Bordes, avant de faire remarquer que le revêtement des pistes d’athlétisme est aujourd’hui fait en tartan, une matière excessivement chère.
À cela, Me Stanley Gaston avait déjà répondu. « Une piste d’athlétisme nécessite aujourd’hui 400 000 dollars américains tandis que pour un terrain de football, il faut ne pas moins que 2 000 dollars par place. Vous pouvez voir vous-même le fossé entre ces deux prix. » En plus du choix éclairé d’un domaine sportif préférentiel, l’avocat dit croire que l’État doit offrir au secteur sportif en général un meilleur encadrement légal. « Il faut absolument une loi sur le sport, qui le rendra obligatoire dans les écoles », propose l’homme de loi, qui n’exclut pas d’éventuelles franchises douanières à accorder à l’importation du matériel sportif. « Si un jour, l’État veut faire du sport l’une de ses priorités, il devra se donner tous les moyens », conclut l’avocat sportif, qui se pose en défenseur de l’athlétisme.
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