102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 17/05/2013 19:17:43   18 May 2013-03h07
Des millions qui se gaspillent
Les sportifs, de nos jours, valent plus que des applaudissements. Ils empochent des millions, garantissent leur avenir et rapportent gros à leur pays. En Haïti, on n’investit pas dans les athlètes pour en faire des valeurs sûres. Certains sont déterminés et atteignent une bonne renommée. Mais pour Jean Renaud Abellard, un grand nom du football haïtien et actuel entraîneur de l’Association sportive capoise (ASC), on peut aller plus loin
Les sportifs, de nos jours, valent plus que des applaudissements. Ils empochent des millions, garantissent leur avenir et rapportent gros à leur pays. En Haïti, on n’investit pas dans les athlètes pour en faire des valeurs sûres. Certains sont déterminés et atteignent une bonne renommée. Mais pour Jean Renaud Abellard, un grand nom du football haïtien et actuel entraîneur de l’Association sportive capoise (ASC), on peut aller plus loin.

« Quand on parvient au niveau d’entraîneur, on a les pieds plus que jamais collés au gazon des stades. À 50, 60, 70 ans, notre carrière continue », lance, enthousiaste, l’homme qui a placé l’ASC à la quatrième place lors du dernier championnat national et qui l’a fait consacrer championne du super 8 en 2011.

Jean Renaud Abellard fait partie de la galerie des grands joueurs de football du pays. Une position à laquelle des milliers de jeunes de son époque ont dû rêver. Encore faudrait-il qu’ils aient eu la chance de taper sur le ballon rond dès l’âge de sept ans, comme il le faisait lui-même dans la cour de son école, chez les Frères de l’instruction chrétienne au Cap-Haïtien. Et, à l’occasion, se faire repérer par un Wilfrid Zéphirin, membre fondateur du Football interclub association (FICA).

La promesse qu’il représentait alors lui a valu d’être « adopté » par le Fica, qui lui a fourni, en dépit des faibles moyens du club, le minimum nécessaire à son évolution dans le football : équipements et soins médicaux, entre autres. Le jeune sportif savait aussi que l’effort personnel comptait pour beaucoup. Sa détermination allait au-delà des difficultés. Aussi ne lâchait-il pas son entraînement, même s’il devait accompagner des élèves dans leurs études afin de contribuer au revenu de sa famille.

« J’avais un objectif : trouver ma place », se remémore-t-il. Il admirait Philippe Vorbes, « le joueur direct et rapide ». Mais son véritable modèle était Wilfrid Gervais, dit « Tcho », qui l’a conseillé, l’a fait grandir. Il était aussi encadré par Toto Calixte au sein du Fica. Et Jean Renaud s’est fait un nom sur les pelouses. De la sélection capoise où il a été classé deuxième meilleur joueur (1979), au Victory SC avec lequel il a gagné trois coupes, le titre de meilleur demi (1981-1983), en passant par le match Haïti-Salvador (1980), il a conquis l’estime de diverses personnalités : Himmler Rébu, Yves Jean-Bart, Evans Lescouflair, Patrice Dumont, Jean René Roosevelt, actuel ministre des Sports.

Un gaspillage de temps et de talent
Cependant, le football ne lui a pas rapporté grand-chose économiquement. « Sur le plan économique, je ne peux pas dire que j’ai réussi », confie-t-il. Pourtant, il l’a toujours considéré comme une profession même s’il n’a pas été à l’école pour l’apprendre. Il y a fait carrière : Fica, Victory, Racing, Sélection nationale, assistant coach à Vision de Hinche, entraîneur de l’ASC. À défaut du confort matériel, il a quand même bénéficié d’une grande renommée. « Le football m’a ouvert bien des portes et m’a procuré une vie riche sur les plans social, culturel, spirituel et sanitaire », reconnaît le vétéran.

Dans la mêlée des diverses générations de talents sportifs, tous ne se sont pas tirés d’affaires. Si Jean Renaud Abellard mesure encore les terrains, d’autres se sont retrouvés carrément sur la touche, et même sur la paille. « Certains ont sombré dans l’alcool et le tabac », nous apprend-il. Ce n’est pas normal, selon lui. Une ancienne star doit pouvoir bien assurer son avenir.

L’ancienne star adulée croit que nous avons dans nos stades des jeunes non moins talentueux que Lionel Messi. De même, il regarde passer à regret des jeunes qui « feraient malheur » dans le basket-ball s’ils étaient aux États-Unis. « Ce sont des millions qui se gaspillent », vu que le pays ne prend pas de mesures pour encadrer ces talents, pense l’ancien footballeur. Non seulement les grands sportifs ne peuvent pas faire fortune ou, à tout le moins, s’assurer un minimum de bien-être, mais encore les générations actuelles et futures ne peuvent pas bénéficier de leurs œuvres. Un sportif riche pourrait offrir un stade ou des structures d’encadrement aux jeunes.

Malgré une professionnalisation du sport plus poussée aujourd’hui en Haïti, Jean Renaud Abellard déplore l’absence d’encadrement professionnel. Les équipes roulent sur de faibles moyens. Les joueurs évoluent sur des terrains en très mauvais état, parfois rocailleux ou semés de crevasses, qui menacent leurs chevilles. Et comme la paye de fin de mois ne vient que très irrégulièrement, ils se découragent. Et cela se comprend. De surcroit, le rendement devient dépendant de la récompense monétaire, informe monsieur Abellard. « Longè lajan w, longè foutbòl ou », disent les professionnels.

De talentueux jeunes ayant voyagé avec la Sélection nationale en ont profité pour ne plus revenir au pays. Un visa de cinq ans, et même la résidence permanente pour les joueurs, croit l’entraîneur Abellard, aideraient grandement à juguler cette propension à la fuite. Un joueur qui voyage quand il veut, estime-t-il, ne songe pas à s’enfuir à chaque sortie. Surtout, insiste-t-il, le privilège de faire partie de la Sélection nationale doit être réservé aux plus capables et non aux plus offrants.

Il en appelle aux journalistes sportifs qui doivent repérer les jeunes talents à travers le pays et les promouvoir. Il plaide donc en faveur de compétitions interscolaires et interrégionales à la base de la découverte des grands joueurs. L’État, de son côté, doit construire de bons stades dans les villes de province. Les infrastructures sont importantes, surtout « les infrastructures humaines », pour un meilleur rendement, soutient-il.

L’ancien champion national compte sur le gouvernement de Michel Martelly pour de grandes actions dans le sport. Michel Martelly, rappelons-le, est un ancien joueur de football.
Aline Sainsoivil
sainsoivil_aline@yahoo.fr
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Des idees pour L'action | 31/05/2012
On ne peut pas aller vers l'avant sportivement sans l'organisation de l'etat haitien. Il faut fixer l'etat pour donner une direction au athletes......Archange Deshommes, RECONSTRUCTION: A series of five year plans for development in Haiti......Adeshommes@hotmail.com.......Facebook/Archange Deshommes
 
 
 
 
 
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