102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 17/05/2013 19:17:43   20 May 2013-08h25
Jérémie, à la reconquête de Vertières !
« Quand nous parviendrons à dépasser l’individuel et que l’un saura qu’il est la part de l’autre, sans hargne et sans basse rétribution, simplement pour un pays, le nôtre, et par-delà à suivre la voie humaine jusqu’à l’extrême limite de la terre, nous aurons reconquis, en pleine bonne foi, Vertières. » C’est la tâche que s’est assignée Jérémie en s’appropriant ces propos de l’un de ses illustres fils, René Philoctète.
En effet, depuis maintenant une décennie, défiant parfois le furibond Nordé, Jérémie essaie de reconquérir non seulement Vertières, mais tout ensemble, l’Arcahaie du 18 mai 1803, symbole de notre identité nationale. Pour accomplir cette tâche, un homme courageux a su communiquer sa foi à toute une équipe, à toute une ville, à tout le département de la Grand-Anse. Il s’appelle Jean Saint-Fleur.

Son engagement est si contagieux qu’il est parvenu à mobiliser, à réunir en faisceau des gens d’horizons divers en un comité permanent pour la réalisation de l’événement : la célébration du bicolore national. Ledit comité a étendu ses tentacules sur tout le département pour faire converger toutes les énergies vers Jérémie, en ce jour faste et mémorable du 18 mai.

Le bicolore national célébré de façon grandiose à Jérémie. Préludes

Pour le triomphe de l’art, de la culture ou tout simplement pour le plaisir, Jérémie, dès le mois de mars, est secouée d’une agitation qui fait mentir le « tout koukouy klere pou je w ». Pendant près de quatre-vingt-dix jours, aux abords de la place Dumas, accolades fraternels, éclats de rires de toutes générations confondues, ceux, en particulier, des jeunes d’environ 80 écoles et groupes d’action civique, dont les fanfares et la musique d’accompagnement rythmaient déjà les pas cadencés.

L’observateur perspicace peut percevoir aussi dans cet entraînement, cette parade avant l’heure, l’expression d’un sentiment d’appartenance. C’est surtout l’expression d’un « moi » citoyen pour la revalorisation d’un « nous » collectif, que ne démentirait pas Lyonel Trouillot. Ce « nous » collectif s’est exprimé dans toutes les manifestations socioculturelles et sportives réalisées en prélude ou après : foire, jeux, festivals, marche au flambeau, concours de poésie, veillée patriotique, croisière, etc. Puis, vint le jour J.

La locomotive humaine

10 h 20 a. M.. Depuis le clocher de la cathédrale Saint-Louis de Jérémie, un regard en plongée fait voir une interminable locomotive humaine, nuancée d’une myriade de couleurs à dominance rouge et bleu, qui scinde la ville de part et d’autre. Depuis son point de départ, le quai, jusqu’à son point d’arrivée, le Parc Saint-Louis, où sa tête s’enroule au rythme des décibels émanant des haut-parleurs placés, versant ouest, au pied de la loge officielle du Parc réhabilité par le pouvoir actuel et qui reçoit son premier et grand événement.

Des dizaines de milliers. Essentiellement des jeunes, des écoles fondamentales et secondaires, dont des majorettes, sous les feux ardents du soleil, auxquels se sont joints des associations de femmes, des fanfares, des groupes d’action civique, puis la foule des curieux, se sont donc agglutinés au Parc Saint-Louis rénové en vue de leurs performances respectives : mimes, sketches, acrobaties, pendant que dans la loge officielle prenaient place le maire, le délégué départemental, l’évêque, le commissaire du gouvernement et ses substituts, les juges, le directeur départemental de la PNH et ses assistants, les directeurs régionaux des services déconcentrés. Le député Sorel Jacinthe fera son apparition un peu plus tard.

En parade et portant écharpes, le Comité permanent du 18 mai à Jérémie, suivi des écoles. Fidèle au protocole établi, le maire de la ville, le Dr Ronald Etienne, invité à prendre la parole, a souhaité être un parlementaire pour pouvoir proposer une loi qui rendrait l’éducation civique obligatoire dans nos écoles, de manière à développer chez nos jeunes le sens de responsabilité citoyenne. Il a estimé que c’est un impératif de l’heure, l’harmonisation des trois pouvoirs de l’État en vue d’une gouvernance susceptible d’améliorer les conditions de vie de la population haïtienne vulnérable.

Pour sa part, le représentant de l’exécutif, M. Norman F. Wiener, a tenu à rappeler à la jeunesse estudiantine la mission sacro-sainte qui lui incombe de parachever l’œuvre grandiose des aïeux. Dans la même veine, il a exhorté les forces vives de la nation à s’unir au président Martelly dans sa lutte, a-t-il souligné, contre la pauvreté, l’ignorance, l’exclusion sociale.

De son côté, M. Marcel Jeanty, représentant départemental de l’Éducation nationale, a fait ressortir l’urgente nécessité d’un ralliement national pour sortir le pays du sous-développement. À l’instar des deux premiers intervenants, il a convié la jeunesse à se ressaisir, à se prendre en main, en vue de combattre toute forme d’aliénation et de conduire le pays dans la voie de la modernité.

L’homme du jour, l’inspecteur général Jean Saint-Fleur, a exprimé pour sa part sa fierté d'être, depuis maintenant dix ans, l’artisan d’une si grande manifestation, signe chez nos compatriotes d’une ferveur patriotique qui demande à être alimentée. Et c’est à juste titre qu’il été remercié par tous les intervenants, puis honoré par le Collège Saint-Louis et le Lycée des garçons.

Nellanda Séjour (Haïti) et Mona Issa (au micro), habillées par Garlène Dupoux, ont fait les délices du public. Si toutes les écoles fondamentales ont performé simultanément, question de gérer le temps, les performances individuelles de deux fillettes, Nellanda Séjour, pour un chant, et Mona Issa, pour un poème en créole, toutes deux habillées par Garly Art’s de Mme Garlène Dupoux, ont constitué des moments forts du spectacle. Puis place fut accordée alternativement aux écoles secondaires dont les numéros ont témoigné de la créativité d’une jeunesse qui, selon la remarque d’un observateur, si elle est suffisamment encadrée, pourra faire connaître d’autres jours glorieux à la nation haïtienne.

7 h12 p. m. C’est la fin du deuxième round. Les projecteurs du Parc Saint-Louis sont allumés. On s’interpelle, on se bouscule, puis on s’aligne suivant un ordre préétabli. Le show va continuer, d’autres figures seront exécutées, à travers les principales artères de la ville, et « lari a », en applaudissant à leur passage, dira, non sans partialité, quelles écoles sont les plus performantes. La foule se secoue et s’ébranle déjà. Et voilà, « les cœurs joyeux, l’âme fervente », la marée humaine qui accompagne les écoles dans leur ultime défilé devant aboutir, environ trois heures plus tard, à la place Dumas dans une explosion de joie. À noter qu’il aura suffi seulement d’un peu de bonne volonté pour rallumer cette flamme patriotique que beaucoup croient cependant éteint.
Yvon Janvier
jyvon21@gmail.com
Commentaires des lecteurs
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Nego | 29/05/2012
Tres interresant l'article Mr Janvier, je crois qu'une telle festivité aurait dû assisté par d'autres officiels de l'etat.Puisqu'en 2004 c'etait beaucoup plus chaleureuse en terme d'assistante des officiels du pouvoir interimaire, sous la chaleur des promesses absurdes du chef du gouvernement lol... En depit de tout Grand'Anse decolera!!!
 
 
 
 
 
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