Au fait, cette sensibilisation fut assurée du 22 au 26 mai tant au Foyer culturel de Jérémie qu’à l’Alliance française, essentiellement par les acteurs invités à débattre de questions sensibles avec les jeunes, dont la violence sexuelle développée par Me Gladyce Saint-Jean à l’intention des classes terminales du Collège Jean Wesley où tout a commencé.
Par la suite, c’est au Foyer culturel que près de 2 500 jeunes écoliers se sont retrouvés sur l’ensemble de quatre jours, avec Jean Jean Roosvelt et ses invités pour une interaction instructive. Il revenait à Mme Gabrielle Paul, travaillant à la section des Droits de l’homme de la Minustah, d’attirer l’attention de son auditoire sur les droits sociaux, économiques et culturels garantis par la Constitution haïtienne de 1987.
C’est justement la non-garantie de ces droits, a-t-elle indiqué, qui explique l’ampleur des dégâts dans le pays suite au séisme du 12 janvier 2010, en comparaison des torts relativement infimes causés par une catastrophe similaire peu de temps après au Chili et en Italie. L’intervenante a souligné plus loin que c’est le peu d’intérêt attaché à ces droits par les responsables d’État qui explique l’acculturation croissante de la population juvénile et sa déviance vers le phénomène « bredjenn », caractérisé par le pantalon au bas des fesses. Comme issue, Mme Paul entrevoit au préalable un dialogue continu entre les détenteurs d’obligations, les responsables de la gouvernance, les jeunes et autres acteurs de la société civile.
Intervenant le lendemain en Sciences sociales et humaines, Mme Antoinette Duclerc en a profité pour souligner, contrairement à la démarche du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, qu’il faut à de tels comportements, comme le « zokiki », une réponse plutôt sociologique que politique. Et vu l’état actuel des choses, l’on a compris pourquoi le maire Ronald Etienne, qui intervenait plus tard, fut bien embarrassé pour trouver les réponses susceptibles d’évacuer les frustrations de cette jeunesse qui s’est jugée abandonnée et sans trop de repères.
En revanche, l’initiateur de l’événement, Jean Jean Roosvelt, a été tout à fait aise pour expliquer au Matin que cette initiative s’aligne sur ce que véhicule déjà sa musique : équité des genres, respect des droits de l’enfant, protection de l’environnement et un monde plus juste. Il a tenu cependant à souligner que, loin d’avoir la prétention de changer le monde, il veut seulement offrir aux jeunes un espace d’échanges, une opportunité qu’ils peuvent utiliser pour se solidariser et projeter une image positive du pays.
Et pour Mme Pascale Moreno de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), le projet Avenir Jeunesse Haïti a reçu l’aval de son institution parce qu’à la fois il rejoint les valeurs de la francophonie (échange, partage, dialogue) et qu’il s’adresse à la jeunesse par l’éducation. C’est la voie royale, croit-elle, pour influencer positivement les jeunes, frapper leur imagination et les conduire vers la réussite. Des projets similaires devraient être plus fréquents car, indique-t-elle, le progrès d’un pays ne se conçoit pas sans l’éducation. Madame Moreno et son protégé devaient se retrouver le samedi 26 mai, à l’Alliance française de Jérémie (AFJ), pour le quatrième Forum des métiers et professions destinés également au public des classes terminales.
La partition de l’AFJ
La philosophie de l’éducation adoptée par Haïti étant « une éducation pour le développement », M. Luc a assuré toutefois qu’« on ne saurait faire le développement avec des hommes qui ne sont pas assez hommes », en d’autres termes, selon lui, avec des êtres dont les dimensions sociale, physique, morale, intellectuelle, civique, professionnelle demeurent à l’état latent faute d’une prise en charge adéquate.
Si M. Eliacin Antoine a essayé d’intéresser les jeunes au champ de la diplomatie et des relations internationales, le commissaire du gouvernement, Me Rosny Saint-Louis, intervenant à ce Forum, a établi pour les participants qui allaient se retrouver plus tard en ateliers, la relation tangible entre droits, devoir, le statut de citoyen et la vie en société. Invitant ses auditeurs à ne pas voir en la loi seulement son caractère contraignant, il les a assurés qu’elle permet surtout aux individus de vivre dans un cadre sécurisé leur permettant de mieux exprimer leur potentiel pour participer réellement au développement durable de leur pays.
Invités à donner leur avis, des jeunes ont fait part de leurs rêves, des carrières qu’ils comptent embrasser tant pour leur bien-être que pour celui de la communauté. Pour sa part, le policier Jean Jean Roussel, diplômé en droit, voulant donner un exemple autre, a montré aux jeunes, tant qu’il s’agit d’expression de soi, d’épanouissement personnel pour le développement, qu’il n’y a pas incompatibilité entre son statut d’agent de l’ordre et ses talents de musicien. C’est justement à ce dernier titre, après d’autres artistes, qu’il les a amusés et fait chanter avec lui dans la section culturelle du programme clôturée avec entrain par Jean Jean Roosvelt. En somme, tous les ingrédients étaient rassemblés cette semaine à Jérémie pour mobiliser le public scolaire dans la (re) construction de son avenir au bénéfice de la collectivité haïtienne.