102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 21/05/2013 11:42:36   21 May 2013-12h36
Changement climatique et le risque cyclonique en Haïti
Le réchauffement climatique est en marche. L’augmentation des températures moyenne de surface d’environ 1˚ F (un demi-degré Celsius) au cours des dernières décennies en est la preuve. Pourtant, malgré les évidences du rôle important joué par l’h
Le réchauffement climatique est en marche. L’augmentation des températures moyenne de surface d’environ 1˚ F (un demi-degré Celsius) au cours des dernières décennies en est la preuve. Pourtant, malgré les évidences du rôle important joué par l’homme dans l’augmentation des courbes de température à travers les émissions de gaz à effets de serre (GES) comme le CO2 et le méthane entre autre, il est difficile d’évaluer sa réelle contribution. Est-elle relativement faible (25%>) ou relativement importante (<60%) ?Nul ne peut le dire avec certitude. Une chose cependant est certaine comme le confirme le nombre de travaux. Le genre humain est en train d’altéré le climat de la planète et il continuera à le faire dans le futur ce qui devrait entrainer, d’après les divers modèles climatiques une hausse des températures des océans tropicaux et subtropicaux 4 à 6˚F d’ici la fin de ce siècle. Un tel surplus d’énergie rendra t-il les ouragans plus violents ? Plus fréquents ?? Haïti risque-t-elle d’être frappée plus souvent ?

Les cyclones tropicaux sont des machines thermodynamiques qui extraient leur énergie de l’air chaud et humide des océans tropicaux et subtropicaux. Cette énergie est libérée lors des processus comme la formation des nuages et les précipitations. Toutefois la majorité de cette énergie est perdue lors de l’expulsion de cet air dans les couches supérieure froide de l’atmosphère entre (13 et 19 km). Moins de 1% de cette énergie est utilisé pour chauffer l’air à l’intérieur de la perturbation, abaisser la densité de l’air, la pression et alimenter les vents horizontaux de la tempête.

Il faut préciser que la température de l’océan n’est pas le seul facteur d’importance pour déterminer si une perturbation tropicale va se développer en cyclone ou qu’un cyclone va se transformer en ouragan majeur. En effet la genèse, le maintien ou l’intensification d'un cyclone requiert également un haut degré d’humidité de l’air (70%< dans les couches moyennes), des activités convectives organisées, un faible cisaillement vertical et la présence d’une perturbation préexistante qui va servir de déclencheur (comme les ondes d’est dans l’Atlantique). Toute altération dû aux activités humaines de l’un ou plusieurs de ces facteurs peut avoir un effet important ou même plus important que les changements au niveau des températures océaniques de surface elle-même. Ainsi la plupart des modèles climatiques globaux prévoient un doublement des températures des couches supérieures de la tropopause pour chaque degré supplémentaire gagnée en surface. Ceci revêt, à notre avis, une importance capitale car si le réchauffement affectait seulement la surface, les ouragans disposeraient davantage d’énergie. Par conséquent l’augmentation des températures océaniques même si elle est accompagnée d’un léger accroissement des taux d’humidités près de la surface des océans ne fournira aux cyclones qu’un très faible surplus d’énergie. En effet les recherches sur le sujet ainsi que la majorité des modèles numériques s’accordent pour prévoir un accroissement de la vitesse des vents des ouragans majeurs, mais seulement de 1 à 3% d’ici la fin du 21e siècle, même dans les pires scénarios de réchauffement. Quant à leurs fréquences, elle ne devrait pas subir de variation sensible et il est même probable que l’on assiste à une réduction de fréquence des tempêtes tropicales et des ouragans de 25% du fait de l’accroissement du cisaillement, qui nous rappelons est défavorable au développement de ces tempêtes. Une augmentation des précipitations d’environ 10% dans un rayon de 200 mi nautique autour du centre est aussi prévue ainsi qu’un accroissement du niveau des marées de tempêtes d’à peu près 3%.

Vu les modestes modifications prévues au niveau de la puissance des ouragans pour les décennies à venir, quel est l’impact réel du réchauffement sur ces perturbations atmosphériques aujourd’hui ? Il est plus que probable selon notre humble opinion que les accroissements de températures dans les couches inferieurs ont renforcés les ouragans. Néanmoins une telle assertion est au mieux incomplète et au pire trompeuse sans une réelle évaluation de cette augmentation. En effet les changements induit par les activités humaine sur les ouragans majeurs sont si infimes (1 a 2m/h) qu’il nous est impossible de les mesurer vu les limites technologiques actuelle. La marge d’erreur des instruments embarqués à bord des satellites et autres avions pour mesurer la vitesse des vents est malheureusement de 10 à 15 mi/h. Une chose est sure : dans un monde plus chaud, l’évaporation augmente et les ouragans déversent et continueront à déverser en moyenne d’avantage de pluie sur leur passage même si cet aspect devrait être équilibré par la réduction de leur nombre au cours des prochaines décades. Quelles en seront les conséquences pour les caraïbes et Haïti en particulier ?

L’activité cyclonique sur Haïti tout comme sur le reste de la caraïbes connait une forte variabilité multi décennale. Nous connaissons en effet des périodes de fortes activités cycloniques suivies de périodes relativement calme qui peuvent s’étalées sur 25-40 ans. Haïti a été touché par 15 cyclones entre 1900 et 2009, la période 1953-70 (7 cyclones dont 4 majeurs) a été particulièrement dévastatrice et celle comprise entre 1970 et 1995 relativement calme (2 cyclones dont 1 de catégorie 3).



Ces fluctuations sont sans doute liées à l’oscillation atlantique multidécennale (OAM), ou l’Atlantique passe alternativement dans des phases froides (négative) et chaudes (positive) indépendamment du réchauffement climatique. Dans les phases froides les activités convectives sont réduites, l’atmosphère plus sec, le cisaillement augmente, et naturellement il y a moins de perturbation pouvant servir de détonateur. Dans la phase chaude, c’est l’inverse : l’océan est d’environ ½ a ¼ de degré centigrade plus chaud, le cisaillement est réduit, l’humidité est plus importante et naturellement les complexes orageux plus nombreux et vigoureux. Il est donc normal que le nombre d’atterrissage dans les caraïbes au cours du dernier siècle aie été trois fois plus important lors des phases chaude comparées aux phases froide. Les données recueillies par les paléo-climatologiste après l’étude des coraux, des carottes contenant de sédiments obtenu par forages ainsi que les cernes montrent que ces cycles durent depuis des siècles. Par conséquent ces alternances observées à des échelles décennales sont probablement d’origine naturelle et ne devrait pas être altérer de manière sensible.



Nous ne devrions donc pas assister à une modification sensible quant à la puissance des ouragans durant les prochaines décades. Les 1 à 3% de puissance supplémentaire attendue ne constituent pas vraiment un sujet d’inquiétude et il est même probable que la moyenne annuelle des ouragans diminue au moins sur le bassin Atlantique. Toutefois, l’accroissement de la pluviométrie dans leur voisinage immédiat risque lui, si nous n’améliorons pas rapidement la couverture végétale du pays, de constituer la vraie menace. Quant à leur trajectoire moyenne elle ne devrait pas non plus connaitre de changement appréciable, les modifications observées dans la position du courant jet polaire et subtropical au cours des 25-30 dernières années si elles sont amputées en partie au réchauffement sont de faible amplitude et ne devrait pas en principe diriger davantage de cyclones vers la caraïbes. Un sujet d’inquiétude celui là bien actuel, nous avons observés nombre croissant de constructions (hôtels, villas ,etc.) le long des côtes méridionales sans aucun respect des normes de sécurité (distance, élévation par rapport à l’océan, etc.) Bon nombre d’entre elles risquent de disparaitre lors de la prochaine marée de tempête qui arrivera de toute façon lors du prochain ouragan majeur changement climatique ou pas. Si Allen (1980) fut le dernier cyclone majeur à avoir affecté notre pays alors que l’Atlantique était dans une phase négative, il est peu probable à notre avis qu’un tel sursis se prolonge au-delà des 10-15 ans surtout que l’OAM en mode positive depuis 1995 devrait se prolonger encore de 10 a 20 ans.
RUDOLPH HOMERE VICTOR
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