102è Année - Un siècle d’information - www.lematinhaiti.com - Dernière mise à jour : 18/06/2013 17:56:05   19 Jun 2013-06h05
Une ONG, des femmes d’exception, un partage productif
Parmi la myriade d’ONG qui pullulent dans le pays, il en est dont les interventions produisent d’heureux résultats au bénéfice de la population. En partenariat avec des femmes haïtiennes de référence, la Fondation Haïti Partage(FHP), une organisation
Parmi la myriade d’ONG qui pullulent dans le pays, il en est dont les interventions produisent d’heureux résultats au bénéfice de la population. En partenariat avec des femmes haïtiennes de référence, la Fondation Haïti Partage(FHP), une organisation canadienne, peut s’enorgueillir d’avoir fait œuvre utile. C’est la conclusion de l’institution internationale d’aide, l’Agence Canadienne de Développement International (ACDI), des bénéficiaires du projet multi volets, Solidarité pour l’éducation à Jérémie (SEJ), et des acteurs étatiques lors de la rencontre de restitution.

Le Centre Numa & Drouin, centre de documentation multimédia et d’animation culturelle est hébergé au Lycée de Jeunes Filles de Jérémie. Entre les deux femmes de poigne, Juliette Nicolas et Eumeline Raphaël, qui dirigent respectivement ces deux institutions, s’est développée depuis plusieurs années une complicité mise au service de la jeunesse grand’Anselaise. Ses deux institutions se partagent l’auditorium du Lycée où elles se sont retrouvées, le vendredi 20 juillet, parmi d’autres acteurs locaux tels la représentante de l’ACDI, Madame Lorraine Belisle, chef de l’aide par intérim, la présidente de la Fondation Haïti Partage (FHP), Soeur Marguerite Aussant, le maire de Jérémie, Dr Pierre Ronald Etienne et le directeur départemental de l’éducation nationale, M Marcel Jeanty, pour une rencontre de restitution du projet Solidarité pour l’éducation à Jérémie (SEJ),dont Mme Ann Edwards fut le gestionnaire pour la FHP.

La reconnaissance des bénéficiaires

Le maire, dans son allocution, a tenu à rapprocher ce partenariat de la vision haïtienne de la décentralisation et du développement des Collectivités territoriales fondée sur une approche participative. Pour sa part, M Jeanty, vivement applaudi, a exprimé, au nom du ministère de l’éducation nationale, sa « volonté d’appuyer toute initiative éducative dont les retombées profiteront à la communauté grand’anselaise ». D’autant, a-t-il souligné, que l’éducation constitue la voie royale pour une augmentation de notre productivité, donc la création de richesses à partir d’une main d’œuvre qualifiée et compétente. Aussi, est-ce avec beaucoup d’enthousiasme qu’il dit avoir accueilli l’idée du projet SEJ qui a reçu l’appui budgétaire de l’ACDI via la Fondation Haïti Partage.

Le directeur départemental de l’éducation a par ailleurs exprimé toute sa reconnaissance à ces deux dernières institutions pour leur engagement désintéressé « et leur effort résolu en vue d’assurer à la jeunesse haïtienne une éducation de qualité procurant à chacun les bagages théoriques et techniques adéquats pour leur développement personnel et celui de la collectivité nationale ». Dans la Grand’Anse, cet engagement s’est concrétisé avec des résultats palpables auprès d’une école pour démunis et orphelins (le centre du Perpétuel Secours), d’une institution d’encadrement de jeunes filles, (Centre Margueritte d’Youville), du Centre Numa & Drouin, de la fondation Paradis des Indiens, sous la houlette, aux Abricots, de la fameuse Mme de Verteuil et d’une coopérative de femmes, Koresfajé.

Elle fut émouvante, l’intervention de Mme Eliane Moussignac, responsable du centre Perpétuel Secours. Revenue du Canada sans grande économie, mais avec le désir ardent d’aider les jeunes à se faire une vie, elle était perçue au départ comme une folle dans la zone d’implantation de son projet d’école qui a débuté sous des tonnelles. Dépourvue de presque tout à l’origine, en plus d’être gratifiée de nouveaux locaux, grâce à un appui de la Digicel, l’école maintenant, grâce au projet SEJ supporté par la fondation Haïti Partage, a hérité d’une cantine scolaire et est équipée en matériels didactiques et pédagogiques. Les professeurs sont formés et reçoivent un salaire beaucoup plus substantiel et l’eau courante est disponible. Aussi, Mme Moussignac, tout en exprimant le vœu de la continuité de l’aide, se sent-elle fière de contribuer par son œuvre aux diminutions du taux de la délinquance juvénile dans le milieu, des maladies dues aux parasites intestinaux et à l’accroissement des taux des réussites scolaires et sociales des jeunes pris en charge. Le centre Marguerite d’Youville, aux dires de la directrice, Sr Sylvetha Laurent, s’était proposé, pour sa part, d’aider les filles à devenir des femmes responsables, et ce, quel que soit leur handicap, physique en les initiant aux pratiques de l’artisanat, de la cuisine et de la pâtisserie.

De son côté, Madame Juliette Nicolas avec le support du projet SEJ a doté la CND d’une salle d’informatique, formé une trentaine d’animateurs aux nouvelles technologies de l’information et contribué a l’amélioration de l’environnement général du Lycée. Le CND depuis sa fondation en 2004 est supporté par la FOKAL et fait partie de son réseau de bibliotheques. Mme Nicolas s’était proposée, a-t-elle confié, d’en faire un espace de ressources ouvert à tous et pour accueillir toutes les contributions. Elle semble y être parvenue vu la fréquentation du centre par tous les âges, en particulier par les jeunes, lesquels sont encadrés par les animateurs formés dans le cadre du projet. Elle n’y serait pas parvenue seule, a-t-elle souligné, sans des collaborateurs motivés et engagés, des partenaires bienveillants et surtout sans une vision claire, Madame Nicolas étant persuadée que l’argent seul ne suffit pas.Toutefois, si le centre reçoit des subventions, il s’associe à toute institution qui partage sa philosophie et qui accepte de supporter ses propres projets.

L’ACDI sur tous les fronts

La représentante de l’ACDI, Mme Lorraine Belisle, a partagé avec Le Matin sa perception de l’aide au développement : « Il y aura un meilleur équilibre dans le monde si les pays du Sud, [dont Haïti], améliorent leur qualité de vie ». C’est donc là, à côté de l’aspect humain, qu’il faut situer l’intérêt de son pays à venir en appui au développement d’Haïti dont le budget doit dépendre de moins en moins de l’aide internationale, a souligné Mme Belisle.

Dans l’intervalle, avec un support d’environ cent millions de dollars canadiens par an, l’ACDI, selon sa représentante, investit plus en Haïti qu’ailleurs, selon des mécanismes multilatéraux, ou bilatéraux, ou en choisissant l’interface des ONG, dans des projets diversifiés d’éducation, de santé, d’infrastructures etc.

Pour le cas du projet SEJ, l’intervention de l’ACDI se situe dans le cadre du troisième mécanisme d’aide, donc via une organisation canadienne, la FHP, en partenariat avec des institutions haïtiennes. « Le souci de l’Agence, quel que soit le domaine considéré, explique au Matin Mme Belisle, c’est donner à Haïti un coup de main, amener les haïtiens à développer des capacités en vue de s’approprier leur propre développement ». Comme illustration, la représentante de l’ACDI a évoqué le cas de ces femmes réunies en coopérative du Koresfajé et qui, grâce au fonds mis à leur disposition par le biais de la FHP, ont développé leur propre entreprise au point d’être devenues des femmes autonomes, plus responsables.

Sans vouloir se faire le défenseur exclusif des femmes ou se rallier au jeune chanteur jérémien, Jean JeanRoosvelt, qui suggère de leur livrer le monde pour une meilleure gestion des choses publiques, il est quand même remarquable que ces institutions partenaires de la FHP financée par l’ACDI, soient dirigées toutes par des femmes. Des femmes qui, sans être au timon des affaires publiques, ont exprimé autrement leur souci du bien-être collectif et satisfait en même temps les attentes d’une institution internationale et des bénéficiaires locaux. Elles méritent d’être toujours accompagnées par toute institution intéressée au développement durable, d’autant que, par leurs réalisations, elles constituent ces modèles de femmes dont devrait s’inspirer une société haïtienne désespérément en quête de références.
Yvon Janvier
jyvon21@gmail.com
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